SASU vs EURL en 2026 : guide complet pour choisir son statut
Guide complet SASU vs EURL : régime social, IS, dividendes, protection sociale. Trois simulations chiffrées (50k, 100k, 150k de CA) pour choisir le bon statut en 2026.
Créer sa société unipersonnelle en 2026, c’est choisir entre deux véhicules juridiques : la SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) et l’EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée). Sur le papier, les deux offrent la responsabilité limitée et la possibilité d’opter pour l’impôt sur les sociétés. En pratique, la différence se joue sur trois postes : les cotisations sociales, l’IS et la fiscalité des dividendes. Voici un comparatif chiffré pour trancher.
Le statut social du dirigeant : TNS vs assimilé salarié
C’est le premier critère de choix, et souvent le plus déterminant.
EURL : le gérant majoritaire est TNS
Le gérant majoritaire d’EURL relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), affilié à la Sécurité sociale des indépendants. Les cotisations sociales représentent environ 45 % de la rémunération nette (soit environ 31 % du brut). Cela couvre la maladie-maternité, les allocations familiales, la retraite de base et complémentaire, l’invalidité-décès et la CSG/CRDS.
Avantage : le coût social est sensiblement plus faible. Inconvénient : la protection sociale est moins complète, notamment en matière d’assurance chômage (pas de droit au chômage) et de prévoyance (indemnités journalières plus faibles et délai de carence plus long).
SASU : le président est assimilé salarié
Le président de SASU est assimilé salarié et relève du régime général de la Sécurité sociale. Les cotisations sociales totales (patronales + salariales) représentent environ 80 % du salaire net versé (soit environ 45 % du brut, charges patronales incluses). Le bulletin de paie est identique à celui d’un salarié classique, à une exception près : pas de cotisation chômage.
Avantage : couverture sociale identique à celle d’un salarié (retraite AGIRC-ARRCO, prévoyance plus complète). Inconvénient : le coût pour la société est beaucoup plus élevé.
Point clé : pour 1 000 € nets dans la poche du dirigeant, l’EURL débourse environ 1 450 € (rémunération + cotisations), tandis que la SASU débourse environ 1 800 €.
L’impôt sur les sociétés : le même barème pour les deux
Depuis 2022, le barème de l’IS est stabilisé :
- 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice (taux réduit PME, sous conditions : CA < 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à 75 % par des personnes physiques)
- 25 % au-delà
Ce barème s’applique de façon identique à la SASU et à l’EURL à l’IS. Il n’y a donc aucune différence sur ce poste : seul le montant du bénéfice imposable change, puisqu’il dépend du niveau de rémunération versée (et donc des charges sociales associées).
La fiscalité des dividendes : le vrai point de bascule
C’est ici que la comparaison se corse.
SASU : flat tax à 31,4 % et c’est tout
Les dividendes versés par une SASU sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %, composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Aucune cotisation sociale supplémentaire ne s’applique. L’option pour le barème progressif reste possible si elle est plus avantageuse (abattement de 40 % sur les dividendes, mais prélèvements sociaux de 18,6 % en sus).
EURL : cotisations sociales sur les dividendes au-delà de 10 % du capital
En EURL, la part des dividendes qui excède 10 % du total (capital social + primes d’émission + apports en compte courant d’associé) est soumise aux cotisations sociales TNS (~45 %). Seule la fraction inférieure à ce seuil de 10 % bénéficie de la flat tax à 31,4 %.
Avec un capital social de 1 000 € (cas fréquent), quasiment l’intégralité des dividendes est donc soumise aux cotisations sociales, ce qui alourdit considérablement la facture.
Simulation chiffrée : trois scénarios de CA
Prenons un dirigeant seul, sans salarié, qui se verse l’intégralité du résultat disponible. Les chiffres ci-dessous sont arrondis pour faciliter la comparaison.
Scénario 1 : CA de 50 000 € HT (charges externes 10 000 €)
| | EURL (gérant TNS) | SASU (président AS) | |---|---|---| | CA - charges externes | 40 000 € | 40 000 € | | Rémunération nette dirigeant | 20 000 € | 20 000 € | | Cotisations sociales | ~9 000 € (45 %) | ~16 000 € (80 %) | | Bénéfice avant IS | ~11 000 € | ~4 000 € | | IS (15 %) | ~1 650 € | ~600 € | | Dividendes bruts | ~9 350 € | ~3 400 € | | Fiscalité dividendes | ~4 200 € (cotis. TNS) | ~1 020 € (flat tax) | | Revenu net total | ~25 150 € | ~22 380 € |
Scénario 2 : CA de 100 000 € HT (charges externes 20 000 €)
| | EURL (gérant TNS) | SASU (président AS) | |---|---|---| | CA - charges externes | 80 000 € | 80 000 € | | Rémunération nette dirigeant | 36 000 € | 36 000 € | | Cotisations sociales | ~16 200 € | ~28 800 € | | Bénéfice avant IS | ~27 800 € | ~15 200 € | | IS (15 %) | ~4 170 € | ~2 280 € | | Dividendes bruts | ~23 630 € | ~12 920 € | | Fiscalité dividendes | ~10 600 € | ~3 876 € | | Revenu net total | ~49 030 € | ~45 044 € |
Scénario 3 : CA de 150 000 € HT (charges externes 30 000 €)
| | EURL (gérant TNS) | SASU (président AS) | |---|---|---| | CA - charges externes | 120 000 € | 120 000 € | | Rémunération nette dirigeant | 50 000 € | 50 000 € | | Cotisations sociales | ~22 500 € | ~40 000 € | | Bénéfice avant IS | ~47 500 € | ~30 000 € | | IS (15 % puis 25 %) | ~8 500 € | ~4 500 € | | Dividendes bruts | ~39 000 € | ~25 500 € | | Fiscalité dividendes | ~17 500 € | ~7 650 € | | Revenu net total | ~71 500 € | ~67 850 € |
Dans les trois cas, l’EURL sort gagnante en revenu net total — mais l’écart se resserre quand le CA augmente, car les cotisations TNS sur les dividendes pèsent de plus en plus lourd.
Quand choisir la SASU plutôt que l’EURL ?
L’EURL est plus avantageuse en termes de revenu net immédiat, mais la SASU a des arguments solides dans plusieurs situations :
- Vous privilégiez la protection sociale : retraite AGIRC-ARRCO, meilleures indemnités journalières, prévoyance plus complète.
- Vous envisagez de vous verser peu de rémunération et beaucoup de dividendes : en SASU, les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales (flat tax uniquement), ce qui peut inverser le rapport à partir d’un certain niveau de résultat.
- Vous souhaitez lever des fonds ou accueillir des associés : la SAS est plus souple statutairement, avec des actions facilement cessibles.
- Vous quittez un emploi salarié et voulez maintenir vos droits ARE : le président de SASU non rémunéré peut continuer à percevoir l’allocation chômage, alors que le gérant d’EURL est automatiquement affilié au régime TNS.
Quand choisir l’EURL ?
- Vous cherchez à maximiser votre revenu disponible et acceptez une couverture sociale plus légère (quitte à souscrire une prévoyance Madelin).
- Votre CA est modéré (< 80-100 k€) : l’écart de cotisations sociales est le plus marqué.
- Vous souhaitez opter pour l’IR (impôt sur le revenu) : l’EURL permet cette option de façon pérenne, ce qui peut être avantageux si votre taux marginal d’imposition est faible.
En résumé
| Critère | EURL | SASU | |---|---|---| | Cotisations sociales | ~45 % (TNS) | ~80 % (AS) | | Protection sociale | Correcte, à compléter | Complète (régime général) | | IS | 15 % / 25 % | 15 % / 25 % | | Dividendes | Cotisations TNS au-delà de 10 % du capital | Flat tax 31,4 % uniquement | | Souplesse statutaire | Limitée | Grande | | Revenu net (à CA égal) | Supérieur | Inférieur |
Le choix n’est jamais uniquement fiscal. Votre situation personnelle (couverture maladie, projet de retraite, perspective de croissance) pèse autant que les chiffres.
À lire aussi : Simulez votre situation avec notre calculateur gratuit, ou consultez notre simulation détaillée des cotisations SASU vs EURL avec les taux poste par poste.