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Salaire & Impôts

Retraite progressive 2026 : travailler à temps partiel avant la retraite

Retraite progressive 2026 : âge d'accès à 60 ans, conditions de trimestres, calcul de la fraction de pension versée et démarches. Le guide complet avant de vous lancer.

19 juillet 2026 9 min de lecture
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Un dispositif qui a changé de visage en 2025

La retraite progressive permet de réduire son temps de travail en fin de carrière tout en touchant une fraction de sa pension pour compenser la baisse de salaire. Le mécanisme existe depuis longtemps, mais ses conditions d’accès ont été revues par deux décrets publiés au Journal officiel le 23 juillet 2025 (décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025). Avant leur entrée en application, l’âge d’entrée était fixé à deux ans avant l’âge légal de départ, soit 62 ans pour la plupart des assurés nés après 1968, un seuil relevé par la réforme des retraites de 2023. Depuis le 1er septembre 2025, ce calcul disparaît au profit d’un âge fixe de 60 ans, quelle que soit votre génération. C’est la donnée la plus importante à retenir avant toute démarche : en 2026, vous pouvez demander une retraite progressive dès 60 ans, sous réserve de remplir les autres conditions.

Cette bascule résulte d’un accord entre partenaires sociaux (l’Accord National Interprofessionnel sur l’emploi des seniors, signé le 14 novembre 2024), qui est ensuite revenue sur le relèvement d’âge décidé en 2023. Ce guide détaille les conditions réelles d’éligibilité en 2026, la façon dont la fraction de pension est calculée, ce qui change pour les salariés du privé, les fonctionnaires et les indépendants, et un exemple chiffré complet pour comprendre l’impact sur votre budget mensuel.

Qui peut demander une retraite progressive en 2026

Trois conditions cumulatives s’appliquent, quel que soit votre régime de base.

L’âge. Il faut avoir au moins 60 ans à la date d’effet de la retraite progressive. Ce seuil s’applique uniformément depuis le 1er septembre 2025 et ne dépend plus de votre année de naissance ni de l’âge légal de départ à taux plein.

La durée d’assurance. Vous devez justifier d’au moins 150 trimestres, soit 37,5 années de cotisation, tous régimes de base confondus (salarié, indépendant, agricole, fonction publique). Les trimestres validés au titre du chômage indemnisé, de la maladie, de la maternité ou du service militaire comptent dans ce total, tout comme les trimestres rachetés. Pour valider un trimestre en 2026, il faut avoir cotisé sur un revenu au moins égal à 150 fois le SMIC horaire, soit environ 1 803 euros bruts sur l’année, un seuil qui concerne surtout les carrières à temps très partiel ou hachées.

L’activité à temps partiel. Votre quotité de travail doit être comprise entre 40 % et 80 % d’un temps plein, apprécié par rapport à la durée légale ou conventionnelle applicable dans votre entreprise. Un salarié qui passe de 5 à 3 jours par semaine, soit environ 60 %, entre dans le dispositif. En dessous de 40 % ou au delà de 80 %, la demande est rejetée.

Fonctionnaires, indépendants : ce qui diffère du régime général

Le dispositif ne se limite pas aux salariés du privé, mais son application varie selon le statut.

Pour un salarié, le passage à temps partiel nécessite l’accord de l’employeur. Depuis le 1er septembre 2025, ce dernier dispose de deux mois pour répondre à une demande écrite et recommandée. Passé ce délai sans réponse motivée, la demande est réputée acceptée : le silence de l’employeur vaut donc accord. Un refus doit être écrit, motivé par une incompatibilité réelle avec la continuité de l’activité de l’entreprise ou du service, et transmis dans ce même délai de deux mois. Un simple mail sans justification économique ou un refus oral ne sont pas opposables : le salarié peut alors saisir le conseil de prud’hommes.

Pour un indépendant (artisan, commerçant, profession libérale), il n’y a pas d’employeur à convaincre : c’est une déclaration sur l’honneur de réduction d’activité qui tient lieu de justificatif, avec un chiffre d’affaires ou un revenu professionnel cohérent avec la quotité déclarée.

Pour un fonctionnaire, la retraite progressive suit les mêmes bornes d’âge et de trimestres, mais la demande de temps partiel relève des règles propres à la fonction publique, avec un avis de l’administration qui peut être différé pour nécessité de service, sans toutefois pouvoir être refusé sans motif.

Comment se calcule la fraction de pension versée

C’est le point que beaucoup de futurs retraités comprennent mal : la fraction de pension n’est pas un pourcentage arbitraire, elle est strictement égale à la part de temps non travaillée.

Concrètement, si vous travaillez à 60 % d’un temps plein, vous touchez 40 % de votre pension de base et de vos points de retraite complémentaire Agirc Arrco, calculés selon la même logique. Si vous travaillez à 70 %, vous percevez 30 % de votre pension. Si vous travaillez à 50 %, exactement la moitié.

Quotité de travailFraction de pension versée
80 %20 %
70 %30 %
60 %40 %
50 %50 %
40 %60 %

Cette pension partielle est calculée à partir du montant de la pension que vous auriez perçue si vous étiez parti à la retraite classique à cette date, y compris si vous n’avez pas encore le nombre de trimestres requis pour le taux plein. Dans ce cas, une décote s’applique au calcul de base, comme pour une retraite anticipée classique. Demander une retraite progressive à 60 ans avec 145 trimestres validés, donc en dessous du seuil de 150, n’est tout simplement pas possible : la condition de durée d’assurance n’est pas remplie. Mais si vous atteignez tout juste 150 trimestres sans avoir le taux plein, qui nécessite généralement 172 trimestres pour les générations récentes, votre pension de base servie sera minorée par la décote habituelle, appliquée à la fraction versée.

Autre point souvent ignoré : continuer à cotiser sur votre activité à temps partiel pendant la retraite progressive permet d’acquérir de nouveaux trimestres et de nouveaux points de retraite complémentaire. Au moment du départ définitif, votre pension est recalculée en tenant compte de ces droits supplémentaires, ce qui peut effacer une partie ou la totalité de la décote initiale, voire ouvrir droit à une surcote si vous poursuivez au delà du taux plein.

Exemple chiffré : Sophie, 61 ans, passe à 60 % de temps de travail

Sophie est assistante de direction dans une PME. Elle a 61 ans, cumule 156 trimestres validés, au delà du seuil de 150, et sa pension de base à taux plein est estimée à 1 500 euros bruts par mois d’après son relevé de carrière.

Elle négocie avec son employeur un passage de 5 à 3 jours par semaine, soit une quotité de 60 % d’un temps plein. Son salaire, auparavant de 2 400 euros nets, tombe à 1 440 euros nets, soit 60 % de 2 400 euros.

Comme sa quotité de travail est de 60 %, elle a droit à une fraction de pension de 40 %, soit 40 % de 1 500 euros, ce qui donne 600 euros bruts par mois versés en plus de son salaire. Après CSG et CRDS applicables aux pensions, cette fraction lui revient à environ 555 euros nets.

Son revenu mensuel total pendant la retraite progressive s’établit donc à 1 440 euros de salaire net plus environ 555 euros nets de pension partielle, soit environ 1 995 euros nets par mois. C’est proche de son ancien salaire à temps plein de 2 400 euros nets, pour un temps de travail réduit de 40 %. Sur les deux années où elle envisage de rester en retraite progressive avant son départ définitif, elle continuera en outre à valider des trimestres et des points Agirc Arrco sur son activité à 60 %, ce qui viendra revaloriser sa pension finale. Avant de se lancer, Sophie a comparé ce scénario avec un simulateur de retraite pour vérifier l’impact du dispositif sur le montant de sa pension définitive et estimer sa date de départ à taux plein.

Les démarches à anticiper

La demande de retraite progressive se dépose auprès de votre caisse de retraite, Carsat, MSA ou caisse des indépendants selon votre statut, idéalement cinq mois avant la date souhaitée de début du dispositif. Depuis le 10 février 2025, la demande peut être effectuée entièrement en ligne, en une seule fois, depuis votre compte retraite sur le portail info-retraite.fr, qui centralise tous les régimes. Le dossier comprend l’accord écrit de l’employeur sur le temps partiel, ou l’engagement sur l’honneur de l’indépendant concernant la réduction de son activité.

Il est recommandé de demander votre relevé de carrière actualisé avant toute démarche, pour vérifier que vos 150 trimestres sont bien validés tous régimes confondus, y compris les périodes à l’étranger ou dans un régime spécial si vous avez changé de statut en cours de carrière. Une erreur de comptabilisation, notamment sur les trimestres assimilés au titre du chômage ou de la maladie, est la cause la plus fréquente de rejet du premier dossier. La seconde cause de rejet vient d’une quotité de travail mal formalisée dans l’avenant au contrat de travail : la caisse exige une quotité chiffrée et vérifiable, pas une simple mention de jours réduits.

Retraite progressive ou cumul emploi retraite : ne pas confondre

La retraite progressive s’adresse à ceux qui n’ont pas encore liquidé leur pension et qui veulent réduire leur activité avant l’âge légal, tout en continuant à accumuler des droits. Le cumul emploi retraite, à l’inverse, concerne les personnes déjà parties à la retraite qui reprennent une activité rémunérée : dans ce second cas, aucune nouvelle acquisition de droits n’est possible dans le régime de base depuis la réforme de 2023. Ce sont donc deux logiques différentes, et la retraite progressive reste la seule option pour ceux qui veulent lever le pied sans renoncer à améliorer leur future pension.

Avant de formaliser une demande, prenez le temps de projeter votre situation sur plusieurs années avec un simulateur de retraite, en testant différentes quotités de travail (50 %, 60 %, 70 %) pour identifier celle qui équilibre le mieux baisse de revenu immédiate et progression de vos droits futurs. La décision se joue autant sur le confort de fin de carrière que sur le montant définitif de la pension liquidée quelques années plus tard.