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Fiscalité

Prendre sa retraite à l'étranger : fiscalité et démarches en 2026

Retraite à l'étranger : imposition des pensions françaises, conventions fiscales, sécurité sociale et démarches pour les retraités expatriés en 2026.

7 juillet 2026 8 min de lecture
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Partir vivre au soleil une fois la carrière terminée, c’est le rêve d’un retraité français sur cinq selon une enquête Ipsos de 2024. Mais entre la pension versée par la CNAV, la complémentaire Agirc-Arrco, l’assurance maladie et les impôts, le parcours administratif est semé de pièges. En 2026, les règles n’ont pas fondamentalement changé — mais les détails comptent énormément selon le pays choisi. Voici un tour complet de la fiscalité et des démarches pour les retraités expatriés.

Comment sont imposées les pensions françaises à l’étranger

Le principe de base est simple : si vous quittez la France et établissez votre résidence fiscale dans un autre pays, vous cessez d’être imposable en France sur vos revenus mondiaux. Mais les pensions de source française restent soumises à des règles spécifiques.

Le modèle OCDE (article 18)

La convention modèle de l’OCDE, sur laquelle sont calquées la plupart des conventions fiscales bilatérales signées par la France, prévoit à son article 18 que les pensions versées au titre d’un emploi salarié passé sont imposables uniquement dans l’État de résidence du bénéficiaire.

Concrètement, si vous partez au Portugal et que la convention franco-portugaise suit ce modèle, votre pension CNAV et votre complémentaire Agirc-Arrco sont imposables au Portugal — pas en France.

Les exceptions à connaître

Certaines conventions dérogent à l’article 18 et prévoient une imposition partagée ou une imposition exclusive dans l’État de la source (la France). C’est le cas dans quelques conventions plus anciennes ou dans des accords spécifiques.

Par ailleurs, les pensions de la fonction publique obéissent à une règle différente (article 19 du modèle OCDE) : elles restent imposables en France, sauf si le retraité a la nationalité du pays de résidence sans être français. Un ancien fonctionnaire qui part vivre en Espagne continuera à payer l’impôt français sur sa pension de fonctionnaire.

Enfin, les pensions de sécurité sociale (retraite de base) font l’objet d’un article spécifique (article 18 §2 dans certaines conventions) qui peut attribuer le droit d’imposer à l’État de la source. Chaque convention est différente — il faut systématiquement vérifier le texte applicable au pays concerné.

La retenue à la source sur les pensions

Lorsqu’un non-résident perçoit des pensions de source française imposables en France (soit parce que la convention le prévoit, soit en l’absence de convention), une retenue à la source s’applique selon un barème spécifique :

  • 0 % sur la fraction annuelle inférieure à 15 988 € (seuil 2026)
  • 12 % sur la fraction entre 15 988 € et 46 399 €
  • 20 % au-delà de 46 399 €

Ces taux sont plus faibles que le barème progressif classique, mais ils s’appliquent sans la plupart des réductions et crédits d’impôt dont bénéficient les résidents. La retenue est prélevée directement par la caisse de retraite avant versement.

L’assurance maladie : un choix stratégique

La Caisse des Français de l’Étranger (CFE)

La CFE propose une couverture maladie volontaire pour les expatriés. Pour un retraité, l’adhésion coûte environ 4,2 % de la pension (cotisation 2026), avec un plancher. La CFE rembourse sur la base des tarifs de la Sécurité sociale française, ce qui signifie que dans un pays où les soins coûtent cher, le reste à charge peut être important.

Avantage clé : la CFE vous permet de revenir en France et d’être pris en charge immédiatement, sans délai de carence. C’est un filet de sécurité apprécié des retraités qui font des allers-retours.

La couverture locale

Dans l’Union européenne et l’Espace économique européen, le formulaire S1 (ancien E121) permet au retraité qui perçoit une pension française de s’inscrire au régime de santé du pays de résidence. Les soins sont remboursés par le pays d’accueil, et la France rembourse ensuite ce pays. Vous n’avez rien à payer côté cotisations maladie en France — mais vous êtes soumis aux règles de remboursement locales.

Hors UE, il faut vérifier l’existence d’accords bilatéraux de sécurité sociale. La France en a signé une quarantaine, mais tous ne couvrent pas la maladie de la même façon. Au Maroc ou en Tunisie, par exemple, des accords existent mais la qualité de la couverture locale peut justifier de compléter par une assurance privée.

Complémentaire santé

Que vous choisissiez la CFE ou la couverture locale, une complémentaire santé internationale est quasi indispensable. Les contrats spécialisés (April International, Henner, Allianz Care) coûtent entre 150 € et 500 € par mois pour un retraité de 65 ans, selon le pays et le niveau de couverture.

Les pays les plus prisés par les retraités français

Portugal

Longtemps champion grâce au statut RNH (Résident Non Habituel) qui permettait une exonération totale des pensions étrangères pendant 10 ans, le Portugal a supprimé ce régime pour les nouveaux arrivants depuis le 1er janvier 2024. Les pensions sont désormais imposées au barème progressif portugais, qui monte jusqu’à 48 %. Reste l’avantage du coût de la vie et du climat.

Grèce

La Grèce propose depuis 2020 un régime d’imposition forfaitaire à 7 % sur les revenus de source étrangère (y compris les pensions) pour les retraités qui transfèrent leur résidence fiscale en Grèce, avec un engagement de 15 ans. C’est l’un des taux les plus attractifs d’Europe en 2026.

Maroc

Le Maroc offre un abattement de 80 % sur les pensions de source étrangère transférées sur un compte bancaire marocain. Le taux effectif d’imposition tombe ainsi entre 4 % et 8 % selon les montants. Le coût de la vie très bas en fait une destination populaire.

Thaïlande

Pas d’imposition des revenus de source étrangère non rapatriés. Depuis 2024, les revenus transférés en Thaïlande dans l’année de leur perception sont imposables, mais les pensions antérieures restent exonérées. Le coût de la vie est imbattable, mais il n’existe pas de convention fiscale avec la France.

Les démarches avant le départ

Côté fiscal

  1. Déclarer le changement de résidence au centre des impôts avant le 31 décembre de l’année du départ.
  2. Transférer le dossier au SIPNR (Service des impôts des particuliers non résidents) à Noisy-le-Grand, qui gère tous les contribuables non résidents.
  3. Remplir le formulaire 2041-AS pour demander l’application de la convention fiscale et éviter la double imposition.
  4. Prévenir les caisses de retraite du changement d’adresse et fournir un RIB étranger si nécessaire.

Côté social

  1. Demander le formulaire S1 auprès de la CPAM si vous partez dans l’UE/EEE.
  2. Adhérer à la CFE dans les 6 mois suivant le départ si vous partez hors UE et souhaitez maintenir une couverture française.
  3. S’inscrire au consulat de France du pays de résidence (registre des Français établis hors de France).

La CNTFS

Le Centre National des Travailleurs Frontaliers et Saisonniers (CNTFS) gère les questions de cotisations maladie pour les pensionnés résidant dans l’UE/EEE ou en Suisse. Si vous partez dans l’un de ces pays avec un formulaire S1, c’est le CNTFS qui sera votre interlocuteur pour les cotisations, pas la CPAM.

Le certificat de vie : un passage obligé

Chaque année — parfois deux fois par an —, les retraités résidant à l’étranger doivent produire un certificat de vie (ou certificat d’existence) pour continuer à percevoir leur pension. Ce document est signé par une autorité locale (mairie, consulat, notaire selon les pays). En 2026, un système biométrique de vérification est en cours de déploiement par la CNAV pour simplifier la procédure, mais il n’est pas encore généralisé.

Le non-retour du certificat de vie entraîne la suspension du versement de la pension, parfois sans avertissement préalable. C’est l’un des irritants les plus fréquents pour les retraités expatriés.

Les pièges fréquents

  • Oublier la CSG-CRDS : les non-résidents sont en principe exonérés de CSG-CRDS sur leurs pensions françaises, mais uniquement s’ils ne sont pas à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Vérifiez que la caisse de retraite applique bien l’exonération.
  • Ne pas vérifier la convention fiscale : chaque convention est différente. Ce qui fonctionne au Portugal ne fonctionne pas forcément en Espagne.
  • Sous-estimer le coût de la complémentaire santé : les tarifs augmentent fortement avec l’âge, et certains contrats excluent les pathologies préexistantes.
  • Perdre ses droits à la réversion : le fait de résider à l’étranger ne supprime pas le droit à la pension de réversion, mais les conditions de ressources s’apprécient différemment.

Ce qu’il faut retenir

S’expatrier à la retraite peut être fiscalement avantageux, mais ce n’est pas automatique. Tout dépend de la convention fiscale applicable, du régime d’imposition du pays d’accueil et du type de pension (privée ou publique). La couverture santé est souvent le poste le plus sous-estimé dans le budget.

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