Retraite : partir à 62, 64 ou 67 ans en 2026 ? Comparaison chiffrée des 3 scénarios
Partir à 62, 64 ou 67 ans : décote, surcote, cumul sur 20 ans. Comparez les trois scénarios de départ à la retraite avec un exemple chiffré et découvrez le meilleur choix financier en 2026.
Partir à 62, 64 ou 67 ans : les enjeux en 2026
Depuis la réforme des retraites de 2023, l’âge légal de départ est passé progressivement de 62 à 64 ans. Pour les personnes nées à partir de 1968, le cap est fixé à 64 ans. Pourtant, certains salariés peuvent encore partir à 62 ans grâce au dispositif carrière longue, tandis que d’autres envisagent d’attendre 67 ans pour obtenir le taux plein automatique.
Entre ces trois âges, la différence de pension peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mois. Mais la pension mensuelle ne dit pas tout : le nombre d’années de versement compte autant que le montant. Cet article compare les trois scénarios avec des chiffres concrets, pour vous aider à trancher.
Les trois âges clés de la retraite après la réforme
La loi du 14 avril 2023 a redéfini le calendrier de départ. Voici les trois repères essentiels pour les générations nées à partir de 1968 :
| Âge | Statut | Condition |
|---|---|---|
| 62 ans | Départ anticipé (carrière longue) | Avoir commencé à travailler avant 20 ans et justifier de 172 trimestres cotisés |
| 64 ans | Âge légal de départ | Ouvert à tous, pension à taux plein si 172 trimestres validés |
| 67 ans | Taux plein automatique | Le taux de 50 % est garanti, quel que soit le nombre de trimestres |
Pour les générations intermédiaires (nées entre 1961 et 1967), l’âge légal se situe entre 62 ans et 3 mois et 63 ans et 9 mois, avec un nombre de trimestres requis variant de 169 à 172.
Décote, surcote, proratisation : les trois leviers qui façonnent votre pension
La pension de base du régime général se calcule selon cette formule :
Pension annuelle = SAM × Taux × (Trimestres validés / Trimestres requis)
Le SAM (salaire annuel moyen) correspond à la moyenne des 25 meilleures années de revenus. Le taux plein est de 50 %. Trois mécanismes modifient ensuite le montant final.
La décote s’applique lorsque vous partez avant 67 ans sans détenir le nombre de trimestres requis. Chaque trimestre manquant réduit le taux de 0,625 point, dans la limite de 20 trimestres. Un salarié à qui il manque 12 trimestres verra son taux passer de 50 % à 42,5 %, soit une baisse de 15 % sur la pension de base.
La surcote récompense ceux qui continuent à travailler au-delà de l’âge légal tout en ayant déjà atteint le taux plein. Chaque trimestre supplémentaire ajoute 1,25 % à la pension de base. Trois ans de travail au-delà de l’âge légal (12 trimestres) augmentent la pension de 15 %.
La proratisation ajuste la pension proportionnellement aux trimestres validés par rapport aux trimestres requis. Avec 156 trimestres sur 172 requis, le coefficient tombe à 0,907 : la pension est réduite de près de 10 %, même si le taux est plein.
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Exemple concret : Marc, trois scénarios chiffrés
Marc est né en 1968. Il a commencé à travailler à 19 ans comme technicien dans l’industrie. Son salaire annuel moyen (SAM) des 25 meilleures années s’élève à 28 000 € brut. Il cotise au régime général et à l’Agirc-Arrco.
Grâce à son début de carrière précoce (avant 20 ans), Marc peut prétendre au départ anticipé pour carrière longue dès 62 ans, à condition d’avoir cotisé 172 trimestres.
Scénario 1 : départ à 62 ans
À 62 ans, Marc totalise exactement 172 trimestres cotisés (43 ans de carrière). Il bénéficie du taux plein.
Pension de base : 28 000 × 50 % × 172/172 = 14 000 €/an, soit 1 167 €/mois.
Complémentaire Agirc-Arrco estimée (environ 3 800 points accumulés, valeur du point 2026 d’environ 1,44 €) : 456 €/mois.
Total mensuel brut : 1 623 €.
Scénario 2 : départ à 64 ans
Marc travaille deux ans de plus. Il cumule alors 180 trimestres. Sa pension de base reste identique : le ratio trimestres validés / requis est plafonné à 1, et la surcote ne s’applique pas puisqu’il atteint tout juste l’âge légal sans le dépasser.
Pension de base : 1 167 €/mois (inchangée).
Complémentaire Agirc-Arrco (deux années de points supplémentaires, environ 4 000 points) : 480 €/mois.
Total mensuel brut : 1 647 €.
Le gain par rapport à 62 ans : 24 € de plus par mois, exclusivement grâce aux points complémentaires supplémentaires. En contrepartie, Marc a travaillé deux années de plus.
Scénario 3 : départ à 67 ans
Marc prolonge sa carrière jusqu’à 67 ans. Il totalise 192 trimestres, dont 12 cotisés après l’âge légal de 64 ans avec le taux plein déjà acquis. Ces 12 trimestres génèrent une surcote de 12 × 1,25 % = 15 %.
Pension de base : 14 000 × 1,15 = 16 100 €/an, soit 1 342 €/mois.
Complémentaire Agirc-Arrco (environ 4 250 points) : 510 €/mois.
Total mensuel brut : 1 852 €.
Le gain par rapport à 62 ans : 229 € de plus par mois, soit une hausse de 14 % de la pension totale.
Tableau récapitulatif
| 62 ans | 64 ans | 67 ans | |
|---|---|---|---|
| Trimestres cotisés | 172 | 180 | 192 |
| Surcote appliquée | 0 % | 0 % | 15 % |
| Pension de base | 1 167 €/mois | 1 167 €/mois | 1 342 €/mois |
| Complémentaire | 456 €/mois | 480 €/mois | 510 €/mois |
| Total brut | 1 623 €/mois | 1 647 €/mois | 1 852 €/mois |
Le bilan cumulé de 62 à 82 ans
Au-delà du montant mensuel, la vraie question est : combien chaque scénario rapporte sur la durée ? Comparons le total des revenus perçus (salaire net + pension brute) entre 62 et 82 ans, soit une fenêtre de 20 ans identique pour tous.
Pour Marc, le salaire net mensuel en fin de carrière est d’environ 2 200 €.
| Salaire perçu (62 ans → retraite) | Pension cumulée (retraite → 82 ans) | Total de 62 à 82 ans | |
|---|---|---|---|
| Départ 62 ans | 0 € | 389 520 € | 389 520 € |
| Départ 64 ans | 52 800 € | 355 752 € | 408 552 € |
| Départ 67 ans | 132 000 € | 333 360 € | 465 360 € |
Le départ à 67 ans génère environ 75 800 € de revenus supplémentaires par rapport au départ à 62 ans sur cette période. L’écart provient principalement des cinq années de salaire, car la surcote seule ne compense pas les années de pension « perdues ».
Le point de bascule en pension pure
Si l’on compare uniquement les pensions perçues (sans compter le salaire), à quel âge le retraité parti à 67 ans rattrape celui parti à 62 ans ? La réponse : jamais avant 100 ans. Les cinq années d’avance (97 380 € de pension encaissés entre 62 et 67 ans) nécessitent plus de 35 ans pour être comblées par le surplus mensuel de 229 €.
En pension pure, partir tôt est presque toujours plus avantageux. C’est le maintien du salaire qui rend le départ tardif globalement plus rentable.
L’effet dévastateur de la décote : le cas des carrières incomplètes
Les chiffres de Marc supposent une carrière complète avec taux plein dès 62 ans. La réalité est tout autre pour les salariés ayant commencé à travailler tardivement ou connu des interruptions.
Prenons Sophie, née en 1968, qui a démarré sa carrière à 25 ans après des études longues. Son SAM s’élève à 32 000 €.
À 64 ans (âge légal), elle totalise 156 trimestres. Il lui en manque 16 par rapport aux 172 requis. Le nombre de trimestres manquants retenu pour le calcul de la décote est le plus favorable entre les trimestres manquants pour le taux plein (16) et les trimestres séparant l’âge de départ de 67 ans (12). C’est donc 12 trimestres qui sont retenus.
Sa décote : 12 × 0,625 = 7,5 points. Son taux passe de 50 % à 42,5 %. Sa pension de base : 32 000 × 42,5 % × 156/172 = 1 028 €/mois.
Si Sophie attend 67 ans, elle bénéficie du taux plein automatique avec 168 trimestres : Pension de base : 32 000 × 50 % × 168/172 = 1 302 €/mois.
La différence : 274 € de plus par mois, à vie. Sur 15 ans de retraite (de 67 à 82 ans), le surplus dépasse 49 000 €, ce qui compense largement les trois années de pension non perçues. Pour les carrières incomplètes, le rachat de trimestres peut aussi constituer une alternative rentable.
Simulez le coût et le gain d’un rachat de trimestres →
Questions fréquentes
Peut-on encore partir à 62 ans en 2026 ? Oui, mais uniquement dans trois cas : carrière longue (début d’activité avant 20 ans avec tous les trimestres requis), incapacité permanente d’au moins 50 %, ou reconnaissance de travailleur handicapé. Pour tous les autres assurés nés à partir de 1968, l’âge légal est fixé à 64 ans.
La surcote s’applique aussi à la retraite complémentaire ? Non, la surcote de 1,25 % par trimestre concerne uniquement la pension de base du régime général. L’Agirc-Arrco dispose de son propre mécanisme : un coefficient de majoration temporaire (bonus de 10 % à 30 % pendant un an) pour les assurés qui reportent leur départ au-delà du taux plein.
Vaut-il mieux racheter des trimestres ou travailler plus longtemps ? Tout dépend du coût du rachat et de votre situation personnelle. Un trimestre racheté au titre du taux seul coûte entre 4 000 et 7 000 € selon l’âge et le revenu. Si travailler un trimestre de plus vous rapporte davantage en salaire net, le choix s’impose. Utilisez notre simulateur pour comparer les deux options.