Retraite des artisans et commerçants en 2026 : trimestres, calcul et complémentaire
Comment se calcule la retraite d'un artisan ou d'un commerçant en 2026 : régime de base, trimestres requis, retraite complémentaire par points et exemple chiffré d'un boulanger après 35 ans de carrière.
Un artisan ou un commerçant qui a passé trente ou quarante ans derrière son comptoir ou son établi ne cotise pas comme un salarié, mais depuis 2018 il est parti à la retraite selon les mêmes règles que le régime général. Le résultat final dépend pourtant d’un mécanisme à deux étages, une base et une complémentaire, qui reste mal compris par la majorité des indépendants. Voici comment fonctionne réellement ce calcul en 2026, avec un cas concret pour tout mettre en perspective.
Le régime de retraite des artisans et commerçants en 2026
Historiquement, les artisans et commerçants cotisaient auprès du RSI, puis de la Sécurité sociale des indépendants (SSI), un organisme aujourd’hui intégré à l’Assurance retraite. Depuis la réforme de 2018, la retraite de base des indépendants est alignée sur celle des salariés du régime général et gérée directement par les CARSAT (ou la CNAV). Seule la retraite complémentaire garde une gestion spécifique, via le régime complémentaire des indépendants (RCI), qui a lui même fusionné en 2013 les anciennes caisses des artisans et des commerçants.
Concrètement, un artisan boulanger ou un commerçant en nom propre cotise donc sur deux briques distinctes :
- la retraite de base, calculée en trimestres et en pourcentage du revenu professionnel moyen, exactement comme pour un salarié ;
- la retraite complémentaire RCI, un régime par points, financé par une cotisation spécifique assise sur le revenu professionnel.
Les paramètres clés à connaître pour 2026
| Paramètre | Valeur 2026 |
|---|---|
| Âge légal de départ | 64 ans (atteint progressivement, génération 1968 et suivantes) |
| Durée d’assurance pour le taux plein | 172 trimestres, soit 43 ans, pour les générations nées à partir de 1965 |
| Âge d’annulation automatique de la décote | 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres validés |
| Taux plein de la retraite de base | 50 pour cent du revenu annuel moyen des 25 meilleures années |
| Revenu minimum pour valider un trimestre | 150 fois le SMIC horaire, soit environ 1 782 euros de revenu professionnel annuel |
| Cotisation retraite de base | environ 17,75 pour cent du revenu, dans la limite du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), plus 0,60 pour cent au delà |
| Cotisation retraite complémentaire (RCI) | environ 7 pour cent jusqu’à 1 PASS, 8 pour cent entre 1 et 4 PASS |
Ces taux s’appliquent au revenu professionnel net, celui qui figure sur la déclaration sociale des indépendants, et non au chiffre d’affaires. Un artisan qui facture beaucoup mais dont les charges rognent le résultat cotise, et donc valide des trimestres, sur ce revenu net, pas sur son activité brute.
Comment se valide un trimestre quand on est indépendant
C’est le point qui surprend le plus d’artisans en début de carrière : un trimestre ne se valide pas en fonction du temps travaillé, mais en fonction du revenu déclaré. Il faut avoir dégagé, sur l’année, un revenu au moins égal à 150 fois le SMIC horaire pour valider un trimestre, et quatre fois ce montant pour valider les quatre trimestres de l’année. En dessous, y compris en cas d’année blanche ou de lancement d’activité difficile, aucun trimestre n’est validé, même si l’entreprise a fonctionné toute l’année.
Cela signifie qu’un commerçant qui traverse deux ou trois années compliquées, avec un résultat proche de zéro après charges, peut se retrouver avec un trou dans sa carrière alors même qu’il travaillait à temps plein. C’est une différence majeure avec le salariat, où c’est la durée du contrat, et non le seul niveau de revenu, qui compte davantage dans la validation.
Questions fréquentes
Un artisan et un salarié partent-ils au même âge ? Oui. Depuis l’alignement des régimes, l’âge légal et la durée d’assurance requise sont strictement identiques, que l’on soit salarié ou indépendant. Seul le mode de calcul du revenu de référence diffère dans le détail.
Que se passe-t-il si les trimestres manquent à 64 ans ? Une décote s’applique sur la retraite de base, de l’ordre de 1,25 pour cent par trimestre manquant, dans la limite de vingt trimestres. Elle disparaît automatiquement à 67 ans, âge auquel le taux plein est accordé même en cas de carrière incomplète.
Peut on racheter des trimestres manquants ? Oui, via le dispositif de rachat Fillon, qui permet de racheter jusqu’à douze trimestres au titre des années d’études supérieures ou des années incomplètes. Le coût dépend de l’âge au moment du rachat et du revenu, et se chiffre le plus souvent entre 3 000 et 6 500 euros par trimestre.
La cession du fonds de commerce a-t-elle un impact sur la retraite ? Non directement sur le calcul de la pension, mais la plus value de cession peut, sous conditions de durée d’activité et de montant, bénéficier d’une exonération spécifique aux départs en retraite des artisans et commerçants prévue par le code général des impôts.
Cas concret : Marc, artisan boulanger, 35 ans de carrière
Marc a repris la boulangerie familiale à 29 ans et l’a exploitée pendant 35 ans, jusqu’à ses 64 ans. Avant cela, il avait travaillé sept ans comme salarié en tant qu’ouvrier boulanger, ce qui lui a déjà validé 28 trimestres au régime général.
Étape 1, compter les trimestres. Ses 35 années d’exploitation en tant qu’artisan lui ont permis de valider 140 trimestres, son revenu professionnel ayant toujours dépassé le seuil requis, sauf lors de sa première année d’installation. En ajoutant ses 28 trimestres de salariat, Marc totalise 168 trimestres validés à 64 ans, contre 172 exigés pour sa génération. Il lui manque 4 trimestres.
Étape 2, calculer la retraite de base. Sur ses 25 meilleures années, son revenu professionnel moyen ressort à 32 000 euros. Le calcul est le suivant :
Retraite de base = 50 pour cent x revenu annuel moyen x (trimestres validés / trimestres requis)
Soit : 50 pour cent x 32 000 euros x (168 / 172) = 15 628 euros par an, soit environ 1 302 euros par mois.
S’il partait malgré tout à 64 ans avec ses 4 trimestres manquants sans attendre 67 ans, une décote viendrait réduire ce montant d’environ 5 pour cent (4 trimestres x 1,25 pour cent), ramenant sa pension de base autour de 1 237 euros par mois. C’est précisément pour cette raison que beaucoup d’artisans en fin de carrière choisissent soit de racheter les trimestres manquants, soit de prolonger de quelques mois pour éviter la décote.
Étape 3, ajouter la complémentaire RCI. Sur ses 35 années d’activité indépendante, Marc a accumulé des points au titre de la retraite complémentaire, en fonction du revenu cotisé chaque année. Avec un revenu moyen de cet ordre, un artisan de sa génération obtient typiquement une pension complémentaire de l’ordre de 350 à 420 euros par mois.
Résultat pour Marc. En cumulant base et complémentaire, sans rachat de trimestres, Marc perçoit une retraite totale de l’ordre de 1 590 à 1 720 euros bruts par mois. En rachetant ses 4 trimestres manquants pour un coût estimé entre 12 000 et 20 000 euros au total, il supprime la décote et gagne environ 65 euros par mois sur sa pension de base, un arbitrage qu’il vaut mieux chiffrer précisément avant de décider, car le retour sur investissement dépend directement de l’espérance de vie après le départ.
Trois leviers pour optimiser sa retraite d’indépendant
- Le rachat de trimestres Fillon, utile surtout pour les années d’études ou les débuts d’activité difficiles, à envisager dans les cinq à dix ans avant le départ.
- Le cumul emploi retraite, désormais générateur de nouveaux droits depuis la réforme 2023, permet à un artisan qui poursuit une activité réduite après la liquidation de continuer à cotiser pour une seconde pension.
- Le report au delà de l’âge légal, qui, en plus de supprimer la décote, augmente mécaniquement le nombre d’années prises en compte dans le calcul du revenu moyen si les dernières années sont favorables.
Pour un artisan ou un commerçant, la meilleure façon d’anticiper reste de reconstituer précisément son relevé de carrière plusieurs années avant le départ, puis de comparer les scénarios avec et sans rachat, avec et sans année supplémentaire, avant de fixer une date définitive.