Rentabilité locative : différence brute, nette et nette-nette
Les 3 niveaux de rentabilité locative et comment les calculer. Formules, charges à déduire et exemple sur un studio à 120 000 €.
Quand un agent immobilier annonce “7 % de rentabilité”, c’est presque toujours la rentabilité brute. Ce chiffre ne tient compte ni des charges, ni de la vacance locative, ni de la fiscalité. Entre le rendement affiché et ce qui reste réellement en poche, l’écart peut aller du simple au triple. Avant d’investir, il faut savoir lire les trois niveaux de rentabilité — et comprendre pourquoi seul le dernier compte vraiment.
La rentabilité brute : utile pour trier, dangereuse pour décider
La formule est simple :
(loyer mensuel × 12) / prix d’achat total × 100
Le prix d’achat total inclut les frais de notaire et les éventuels travaux de remise en état. C’est un premier filtre pour comparer rapidement deux biens entre eux, mais rien de plus.
Pourquoi les agents immobiliers communiquent systématiquement sur la brute : parce que c’est le chiffre le plus flatteur. Aucune charge n’est déduite, aucune vacance n’est prévue, la fiscalité est ignorée. Un bien affiché à 7 % brut peut descendre à 3 % net-net — mais “3 %” ne fait pas vendre.
Repère : pour passer de la rentabilité brute à une estimation rapide de la nette, on peut retrancher 1,5 à 2,5 points selon le type de bien et la localisation. Un 7 % brut donne généralement 4,5 à 5,5 % net avant fiscalité.
La rentabilité nette : les charges qu’on oublie toujours
La rentabilité nette déduit les charges non récupérables sur le locataire :
(loyer annuel - charges non récupérables) / prix d’achat total × 100
Les postes à intégrer, avec les ordres de grandeur habituels :
- Taxe foncière : variable selon la commune (600 à 2 000 €/an pour un studio ou T2). C’est souvent le premier poste, et il augmente régulièrement
- Charges de copropriété non récupérables : 30 à 40 % des charges totales de copropriété (ascenseur, ravalement, gestion du syndic)
- Assurance PNO (propriétaire non occupant) : 100 à 250 €/an selon le bien
- Frais de gestion locative : 6 à 8 % des loyers si on passe par une agence (souvent sous-estimé)
- Provision pour vacance locative : 1 mois de loyer/an en moyenne (8,3 % de vacance), davantage en zone détendue
- Provision pour travaux et entretien : 3 à 5 % des loyers annuels (chauffe-eau, plomberie, rafraîchissement entre locataires)
En zone tendue (Paris, Lyon, Bordeaux), la vacance est faible mais la taxe foncière et les charges de copropriété sont élevées. En zone détendue, c’est l’inverse : charges modérées mais risque de vacance plus important.
La rentabilité nette-nette : ce qui reste après le fisc
Le troisième niveau intègre la fiscalité sur les revenus locatifs :
(loyer annuel - charges - impôts sur les revenus fonciers) / prix d’achat total × 100
Deux régimes fiscaux possibles en location nue :
- Micro-foncier (loyers < 15 000 €/an) : abattement forfaitaire de 30 %. Simple mais rarement optimal
- Régime réel : déduction des charges réelles, des intérêts d’emprunt, des travaux. Possibilité de créer un déficit foncier imputable sur le revenu global (plafonné à 10 700 €/an)
Le régime réel est presque toujours plus avantageux dès qu’il y a un crédit en cours, car les intérêts d’emprunt sont déductibles. Un investisseur à TMI 30 % qui perçoit 7 200 € de loyers et déduit 4 000 € de charges + intérêts ne sera imposé que sur 3 200 €.
Source : impots.gouv.fr — Revenus fonciers.
L’impact du statut LMNP sur la nette-nette
En location meublée non professionnelle (LMNP), la fiscalité change radicalement. Le régime réel BIC permet de déduire l’amortissement du bien — un mécanisme comptable qui réduit le revenu imposable sans sortie de trésorerie.
Concrètement, un bien acheté 120 000 € peut être amorti sur 25 à 30 ans (hors terrain), ce qui génère une charge déductible d’environ 3 500 €/an. Ajoutée aux autres charges, cette déduction peut ramener le revenu imposable à zéro pendant les premières années, voire créer un déficit reportable.
Conséquence : en LMNP au réel, la rentabilité nette-nette peut être très proche de la rentabilité nette de charges, puisque la fiscalité est neutralisée par l’amortissement. C’est ce qui rend le meublé fiscalement attractif — mais attention à la complexité comptable (obligation de tenir une comptabilité, liasse fiscale 2031).
Le cash-flow : le juge de paix
La rentabilité locative mesure le rendement sur le prix d’achat. Le cash-flow mesure ce qui reste chaque mois après avoir payé toutes les dépenses, crédit compris.
Cash-flow mensuel = loyer - mensualité de crédit - charges - impôts
Un cash-flow positif signifie que le bien s’autofinance et génère un excédent. Un cash-flow négatif signifie qu’il faut injecter de l’argent chaque mois — ce qui est la norme en zone tendue où les prix sont élevés et les loyers encadrés.
Un bien à 5 % de rentabilité nette avec un crédit sur 20 ans à 3,5 % aura un cash-flow négatif d’environ 100 à 200 €/mois. Le même bien à 8 % net peut dégager un cash-flow positif. C’est pourquoi les investisseurs qui visent le cash-flow positif se tournent vers les villes moyennes plutôt que vers les métropoles.
Attentes réalistes par type de ville
Les rentabilités brutes varient considérablement selon la géographie :
- Paris intra-muros : 3 à 4 % brut, 1,5 à 2,5 % net-net. On investit pour la plus-value, pas pour le rendement
- Grandes métropoles (Lyon, Bordeaux, Nantes) : 4 à 5,5 % brut, 2,5 à 3,5 % net-net
- Villes moyennes dynamiques (Angers, Rennes, Metz, Limoges) : 6 à 9 % brut, 4 à 6 % net-net
- Petites villes / zones rurales : 8 à 12 % brut sur le papier, mais risque de vacance élevé et liquidité faible à la revente
Piège classique : un rendement brut de 10 % dans une petite ville peut sembler extraordinaire. Mais si le bien reste vide 3 mois par an et que la revente prend 2 ans, le rendement réel s’effondre. Le taux de vacance locative et la liquidité du marché local sont aussi importants que le rendement affiché.
Exemple complet : studio à 120 000 €
Un studio acheté 120 000 € (frais de notaire inclus), loué 600 €/mois en location nue. Propriétaire à TMI 30 %.
Rentabilité brute :
- (600 × 12) / 120 000 × 100 = 6,0 %
Rentabilité nette (charges annuelles : 2 050 €) :
- Taxe foncière : 750 €
- Assurance PNO : 150 €
- Charges copro non récupérables : 450 €
- Vacance locative (1 mois) : 550 €
- Provision travaux : 150 €
- Total charges : 2 050 €
- (7 200 - 2 050) / 120 000 × 100 = 4,3 %
Rentabilité nette-nette (micro-foncier) :
- Revenu foncier imposable : 7 200 × 70 % = 5 040 €
- IR : 5 040 × 30 % = 1 512 €
- PS : 5 040 × 17,2 % = 867 €
- Total fiscalité : 2 379 €
- (7 200 - 2 050 - 2 379) / 120 000 × 100 = 2,3 %
De 6 % affiché à 2,3 % réel. C’est ce dernier chiffre qu’il faut comparer à un fonds euros à 3 % ou à des SCPI à 4-5 % net — en gardant à l’esprit que l’immobilier offre un effet de levier (achat à crédit) que ces placements ne permettent pas.
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