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Fiscalité

Donation parent enfant : l abattement de 100 000 euros en 2026

Comment fonctionne l abattement donation parent enfant de 100 000 euros en 2026 : renouvellement tous les 15 ans, formulaire, barème et cas chiffré.

20 juillet 2026 8 min de lecture
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Le cas de Sophie et Marc, deux parents qui veulent aider leur fille

Sophie et Marc ont deux enfants majeurs. Leur fille Camille, 28 ans, veut acheter son premier appartement à Lyon et lui manque 140 000 euros d’apport. Ses parents disposent d’un patrimoine confortable et souhaitent l’aider sans attendre une succession. La question qu’ils se posent : combien peuvent ils lui donner sans payer un euro de droits, et comment s’y prendre concrètement.

C’est exactement le cas que cet article va chiffrer, étape par étape, en s’appuyant sur les règles fiscales en vigueur en 2026.

L’abattement de 100 000 euros : la règle de base à connaître

Selon l’article 779 du Code général des impôts, chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 euros à chacun de ses enfants sans droits de donation. Ce montant s’apprécie par parent et par enfant, ce qui change tout dans un calcul familial.

Concrètement pour Sophie et Marc :

  • Sophie peut donner 100 000 euros à Camille en franchise de droits.
  • Marc peut, de son côté, donner 100 000 euros à Camille en franchise de droits.
  • Total possible pour le couple vers leur fille : 200 000 euros, sans aucune imposition.

Si Sophie et Marc ont aussi un fils, Théo, l’abattement se rejoue intégralement pour lui : encore 200 000 euros potentiels, indépendamment de ce qui a été donné à Camille. L’abattement n’est jamais mutualisé entre enfants, il est individuel à chaque lien parent enfant.

La règle des 15 ans : pourquoi le timing compte

Ce n’est pas un abattement à vie unique. Selon l’article 784 du CGI, l’abattement de 100 000 euros se reconstitue intégralement tous les 15 ans entre un même donateur et un même donataire. Autrement dit, un parent qui a donné 100 000 euros à son enfant en 2011 peut recommencer depuis 2026 sans aucune limite liée au don précédent.

Deux conséquences pratiques :

  1. Si l’abattement n’a pas été utilisé en totalité lors d’un premier don, le solde reste disponible pendant les 15 années suivantes. Un parent ayant donné 40 000 euros en 2020 conserve 60 000 euros d’abattement jusqu’en 2035.
  2. Étaler les donations dans le temps, tous les 15 ans, permet de transmettre des montants très importants sur une vie sans jamais tomber dans le barème progressif.

Pour Sophie et Marc, cela signifie qu’ils pourront rejouer cet abattement de 200 000 euros vers Camille à partir de 2041, s’ils le souhaitent et si leur patrimoine le permet.

Le coup de pouce supplémentaire : le don familial de sommes d’argent

En complément de l’abattement de 100 000 euros, l’article 790 G du CGI prévoit une exonération spécifique pour les dons d’argent (espèces, chèque, virement) : 31 865 euros supplémentaires par donateur et par bénéficiaire, sous conditions cumulatives précises :

  • le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour du don,
  • le bénéficiaire doit être majeur (ou mineur émancipé),
  • le don doit porter sur une somme d’argent, pas sur un bien immobilier ou des titres.

Cette exonération se renouvelle elle aussi tous les 15 ans et se cumule avec l’abattement classique de 100 000 euros. Pour Sophie et Marc, cela porte le potentiel par parent à 131 865 euros, et à 263 730 euros pour le couple vers Camille, à condition que le don familial soit bien constitué en somme d’argent liquide et non en apport de bien.

Cas chiffré complet : combien Camille reçoit-elle, et à quel coût fiscal

Reprenons la situation. Camille a besoin de 140 000 euros. Sophie et Marc décident de structurer leur aide ainsi :

Type de donDonateurMontantAbattement mobiliséDroits dus
Abattement article 779Sophie70 000 €70 000 € sur 100 000 € dispo0 €
Abattement article 779Marc70 000 €70 000 € sur 100 000 € dispo0 €
Total transmis140 000 €0 €

Résultat : Camille reçoit l’intégralité des 140 000 euros dont elle a besoin, sans aucun droit de donation à payer, et il reste même 30 000 euros d’abattement disponible pour chacun de ses parents (soit 60 000 euros au total) pour un futur don ou pour équilibrer avec leur fils Théo plus tard.

Si Sophie et Marc avaient voulu donner davantage, par exemple 250 000 euros au total pour financer aussi des travaux, le calcul change. Prenons Sophie seule donnant 150 000 euros à Camille en une fois :

  • Abattement disponible : 100 000 euros, exonérés.
  • Part taxable : 50 000 euros, soumise au barème progressif de l’article 777 du CGI.

Le barème en ligne directe en 2026 est le suivant :

Fraction taxableTaux
Jusqu’à 8 072 €5 %
De 8 072 € à 12 109 €10 %
De 12 109 € à 15 932 €15 %
De 15 932 € à 552 324 €20 %
De 552 324 € à 902 838 €30 %
De 902 838 € à 1 805 677 €40 %
Au delà de 1 805 677 €45 %

Sur les 50 000 euros taxables : les premiers 8 072 euros sont taxés à 5 % (403,60 €), la tranche suivante jusqu’à 12 109 euros à 10 % (403,70 €), la tranche jusqu’à 15 932 euros à 15 % (573,45 €), et le solde de 34 068 euros (50 000 moins 15 932) à 20 % (6 813,60 €). Total des droits dus par Camille : environ 8 194 euros. C’est pour éviter ce coût que répartir le don entre les deux parents, comme dans le premier scénario, reste toujours la stratégie la plus efficace fiscalement.

Pour vérifier précisément le montant de droits dans une configuration personnelle, il est plus rapide d’utiliser le simulateur de donation plutôt que de refaire le calcul par tranches à la main, surtout quand plusieurs donateurs et plusieurs abattements se combinent.

Comment déclarer le don : ce qui change en 2026

Depuis le 1er janvier 2026, en application du décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025, la télédéclaration en ligne est devenue le mode principal pour déclarer un don manuel ou un don familial de sommes d’argent, via l’espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique Déclarer puis Déclarer un don ou une cession de droits sociaux.

Le formulaire papier Cerfa 2735 (déclaration de dons manuels et de sommes d’argent) reste toutefois utilisé dans des cas précis :

  • personnes n’ayant pas accès à internet,
  • dons concernant un mineur ou un majeur protégé,
  • dons relevant de l’exonération logement de l’article 790 A bis,
  • dons soumis au pacte Dutreil ou ouvrant droit à un crédit d’impôt étranger.

Dans ces situations, le formulaire 2735 doit être déposé en double exemplaire auprès du service de l’enregistrement du domicile du bénéficiaire.

Point de vigilance essentiel pour le don familial de sommes d’argent de l’article 790 G : la déclaration doit intervenir dans le mois suivant la date du don pour bénéficier de l’exonération des 31 865 euros. Passé ce délai, l’exonération spécifique est perdue, même si l’abattement classique de 100 000 euros, lui, reste utilisable sans cette contrainte de délai.

Ce qu’il faut retenir pour bien structurer une donation

Trois leviers combinés permettent d’optimiser une transmission parent enfant en 2026 :

  • l’abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (article 779 CGI),
  • le don familial de sommes d’argent de 31 865 euros supplémentaires sous conditions d’âge et de nature du don (article 790 G CGI),
  • la répartition entre les deux parents, qui double mécaniquement les plafonds disponibles pour un même enfant.

Dans le cas de Sophie et Marc, la simple répartition du don entre les deux parents a permis de transmettre 140 000 euros sans un euro de droits, là où un don unique de 150 000 euros par un seul parent aurait généré plus de 8 000 euros de fiscalité. Avant toute donation, vérifier l’historique des dons déjà réalisés au même enfant dans les 15 dernières années et simuler le montant exact avec le simulateur de donation évite les mauvaises surprises et les droits payés inutilement.