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Fiscalité

Démembrement : donner la nue-propriété pour transmettre moins cher

Démembrement, nue-propriété, donation : le calcul complet pour transmettre un bien immobilier en payant deux à trois fois moins de droits qu'une succession classique.

20 juillet 2026 8 min de lecture
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Un parent qui possède un appartement peut en donner la nue-propriété à son enfant tout en gardant le droit d’y vivre ou d’en percevoir les loyers jusqu’à son décès. La particularité de ce montage : au décès, l’enfant récupère la pleine propriété automatiquement, sans payer un centime de droits supplémentaires. C’est l’une des rares opérations du droit fiscal français où une transmission de patrimoine échappe totalement à l’impôt. Reste à comprendre comment elle se chiffre, et à quel âge elle devient vraiment avantageuse.

Comment fonctionne le démembrement de propriété

Un bien immobilier se scinde juridiquement en deux droits distincts :

  • L’usufruit : le droit d’habiter le bien ou d’en percevoir les revenus (loyers).
  • La nue-propriété : le droit de disposer du bien à terme, sans pouvoir l’utiliser tant que l’usufruit existe.

Dans une donation avec réserve d’usufruit, le parent (donateur) conserve l’usufruit et ne transmet que la nue-propriété à son enfant. Fiscalement, les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, pas sur la valeur totale du bien. C’est tout l’intérêt de l’opération.

Le barème fiscal de l’usufruit selon l’âge (article 669 du CGI)

La valeur respective de l’usufruit et de la nue-propriété dépend uniquement de l’âge de l’usufruitier au jour de la donation. Ce barème, fixé par l’article 669 du Code général des impôts, est inchangé depuis la loi de finances de 2004 et reste pleinement applicable en 2026.

Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
21 à 30 ans80 %20 %
31 à 40 ans70 %30 %
41 à 50 ans60 %40 %
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 90 ans10 %90 %

Mécaniquement, plus le donateur est jeune, plus la part de nue-propriété transmise est faible, donc plus les droits de donation à payer sont réduits. Chaque décennie gagnée sur l’âge de la donation fait baisser l’assiette taxable d’environ 10 points.

Cas pratique : donation de la nue-propriété d’un appartement de 400 000 euros

Prenons Michel, 62 ans, veuf, propriétaire d’un appartement parisien estimé à 400 000 euros. Il a un unique héritier, sa fille Camille. Il souhaite lui transmettre le bien en réduisant la facture fiscale, tout en continuant à l’habiter jusqu’à la fin de sa vie.

Étape 1 : détermination de la valeur de la nue-propriété. Michel a entre 61 et 70 ans. Selon le barème de l’article 669 du CGI, l’usufruit vaut 40 % et la nue-propriété 60 %.

Valeur de la nue-propriété donnée = 400 000 x 60 % = 240 000 euros.

Étape 2 : application de l’abattement parent-enfant. En ligne directe, chaque parent peut donner 100 000 euros à un enfant en franchise totale de droits, un abattement renouvelable tous les 15 ans (article 779 du CGI, confirmé par service-public.fr).

Base taxable = 240 000 - 100 000 = 140 000 euros.

Étape 3 : calcul des droits de donation selon le barème progressif en ligne directe (article 777 du CGI).

TrancheTauxMontant dû
0 à 8 072 €5 %403,60 €
8 072 à 12 109 €10 %403,70 €
12 109 à 15 932 €15 %573,45 €
15 932 à 140 000 €20 %24 813,60 €
Total des droits de donation26 194 € (arrondi)

Camille règle donc environ 26 194 euros de droits de donation au moment de l’acte notarié.

Étape 4 : au décès de Michel, l’usufruit s’éteint et Camille devient pleine propriétaire, sans aucun droit à payer. L’article 1133 du CGI prévoit explicitement que la réunion de l’usufruit à la nue-propriété par extinction naturelle n’est pas soumise aux droits de mutation. Le bien complet, y compris sa valorisation éventuelle entre-temps, revient à Camille pour un coût fiscal nul à ce stade.

Coût total de la transmission avec démembrement : 26 194 euros.

Ce que coûterait la même transmission sans démembrement

Comparons avec une succession classique, sans donation préalable, dans laquelle l’appartement (toujours estimé à 400 000 euros au jour du décès) revient directement à Camille par voie de succession.

Base taxable = 400 000 - 100 000 (abattement en ligne directe applicable aussi en succession) = 300 000 euros.

Avec le même barème progressif :

TrancheTauxMontant dû
0 à 8 072 €5 %403,60 €
8 072 à 12 109 €10 %403,70 €
12 109 à 15 932 €15 %573,45 €
15 932 à 300 000 €20 %56 813,60 €
Total des droits de succession58 194 € (arrondi)

Écart entre les deux stratégies : 58 194 - 26 194 = 32 000 euros économisés grâce au démembrement. Le démembrement permet ici à Camille de payer 55 % de droits en moins par rapport à une succession classique, pour transmettre exactement le même bien. Vous pouvez reproduire ce calcul avec votre propre patrimoine sur le simulateur de donation et le comparer directement au simulateur de succession.

Pourquoi l’écart se creuse encore avec l’appréciation du bien

L’avantage ne s’arrête pas au calcul immédiat. Si l’appartement de Michel prend de la valeur entre la donation et son décès (par exemple 450 000 euros quinze ans plus tard), cette plus-value échappe totalement à la fiscalité de transmission : seule la valeur de la nue-propriété au jour de la donation (240 000 euros) a été taxée. Dans une succession classique, à l’inverse, c’est la valeur du bien au jour du décès qui sert de base de calcul, appréciation comprise. Plus l’écart de temps entre la donation et le décès est long, plus le gain fiscal est important.

Cumuler l’abattement tous les 15 ans pour aller plus loin

L’abattement de 100 000 euros par parent et par enfant se reconstitue intégralement tous les 15 ans. Un parent qui démembre une première fois à 55 ans peut, à 70 ans, réaliser une nouvelle donation (d’un autre bien, ou de liquidités) en bénéficiant à nouveau d’un abattement plein. Combiné à la baisse mécanique de la valeur de l’usufruit avec l’âge, cela pousse à démembrer tôt puis à échelonner les transmissions plutôt qu’à tout transmettre en une fois au décès.

Les limites à connaître avant de se lancer

Le démembrement n’est pas sans contrainte. La donation est en principe irrévocable : le donateur ne peut pas récupérer la nue-propriété donnée s’il change d’avis ou traverse des difficultés financières. La vente du bien démembré nécessite l’accord conjoint de l’usufruitier et du nu-propriétaire, ce qui peut compliquer une cession si les intérêts divergent, sauf à démembrer le prix de vente lui-même pour reporter le démembrement sur les fonds obtenus. Enfin, les gros travaux (article 606 du Code civil, ravalement, toiture, structure) restent en principe à la charge du nu-propriétaire, tandis que l’entretien courant incombe à l’usufruitier, un point à anticiper dans la convention de démembrement pour éviter les litiges familiaux. Un acte notarié encadrant précisément la répartition des charges reste indispensable avant toute donation de ce type.

Autre point de vigilance : la fiscalité locale et sur les revenus reste attachée à l’usufruitier tant qu’il occupe le bien ou en perçoit les loyers. La taxe foncière, les revenus fonciers imposables et l’éventuelle intégration du bien dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) restent à sa charge, la valeur en pleine propriété étant en principe réintégrée dans son patrimoine taxable à l’IFI selon les règles générales de l’article 968 du CGI, sauf exceptions prévues pour les démembrements issus d’une succession entre époux. Le nu-propriétaire, lui, ne supporte aucune de ces charges tant que l’usufruit n’est pas éteint : il détient un droit qui ne génère ni revenu ni imposition immédiate, ce qui en fait un outil particulièrement adapté à une transmission anticipée sans priver le donateur de ses revenus ou de son logement.

Pour quels profils le démembrement est-il le plus pertinent

Le montage convient particulièrement aux propriétaires de 55 à 70 ans, souhaitant préparer la transmission d’une résidence secondaire, d’un bien locatif ou de parts de SCPI sans perdre l’usage du bien ni les revenus associés. Plus la donation intervient tôt, plus l’assiette taxable de la nue-propriété est faible et plus le gain se prolonge sur la durée, puisque toute appréciation ultérieure du bien échappe à la fiscalité de transmission. À l’inverse, engager un démembrement après 80 ans réduit fortement l’intérêt de l’opération, la nue-propriété représentant alors déjà 70 à 80 % de la valeur du bien, proche de l’assiette d’une succession classique.

Sources : service-public.fr (abattements et barème des droits de donation en ligne directe), articles 669, 777, 779 et 1133 du Code général des impôts.