CFE et expatriés : obligations des auto-entrepreneurs à l'étranger en 2026
CFE pour auto-entrepreneur expatrié : domiciliation, exonérations, fermeture du statut et obligations fiscales depuis l'étranger en 2026.
Vous êtes auto-entrepreneur, vous partez vivre à l’étranger, et vous vous demandez si vous devez toujours payer la CFE. La réponse courte : ça dépend de si vous maintenez votre activité en France ou non. La réponse longue est un peu plus nuancée, et c’est l’objet de cet article.
Rappel : qu’est-ce que la CFE ?
La Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) est un impôt local dû par toute personne exerçant une activité professionnelle non salariée au 1er janvier de l’année d’imposition. Elle fait partie de la CET (Contribution Économique Territoriale), avec la CVAE dont les micro-entrepreneurs sont exonérés.
La CFE est calculée sur la valeur locative des biens immobiliers utilisés pour l’activité. Pour les auto-entrepreneurs qui travaillent depuis leur domicile sans local dédié, c’est la cotisation minimum qui s’applique, fixée par chaque commune. En 2026, cette cotisation minimum va de 237 € à 7 349 € selon le chiffre d’affaires et la commune, mais pour un auto-entrepreneur avec un CA modeste, elle se situe généralement entre 200 et 600 €.
Expatrié avec une micro-entreprise active : la CFE est due
Si vous maintenez votre micro-entreprise ouverte et que vous avez une adresse de domiciliation en France, la CFE reste due. Peu importe que vous viviez à Bangkok, Berlin ou Buenos Aires : la CFE est liée au lieu d’exercice de l’activité (ou de domiciliation), pas à votre lieu de résidence personnelle.
La question de la domiciliation
Pour qu’une micro-entreprise existe administrativement, elle doit avoir une adresse en France. Trois cas de figure :
- Vous gardez une adresse personnelle en France (logement conservé, adresse chez un proche). L’entreprise reste domiciliée à cette adresse, la CFE est due dans cette commune.
- Vous utilisez un service de domiciliation commerciale. Des sociétés comme SeDomicilier, LegalPlace ou Kandbaz proposent des adresses de domiciliation à partir de 10 à 20 €/mois. La CFE sera due dans la commune de domiciliation.
- Vous n’avez plus aucune adresse en France. C’est problématique : l’URSSAF et le SIE (Service des Impôts des Entreprises) ont besoin d’une adresse française. Sans elle, votre micro-entreprise ne peut pas fonctionner normalement.
Point important : utiliser l’adresse d’un proche sans son accord ou sans y exercer aucune activité peut être requalifié en domiciliation fictive. C’est rare en pratique pour les auto-entrepreneurs, mais c’est un risque théorique.
Expatrié sans activité en France : faut-il fermer ?
Si vous ne facturez plus de clients depuis la France et que votre activité se déroule entièrement dans votre pays de résidence, maintenir une micro-entreprise française n’a souvent aucun intérêt — et vous coûte au minimum la CFE chaque année.
Quand fermer la micro-entreprise
La fermeture (radiation) de la micro-entreprise est gratuite et se fait en ligne sur le site de l’INPI (via le guichet unique des formalités des entreprises). Les conséquences :
- Plus de CFE : la CFE est due au prorata de l’année de cessation. Si vous fermez en mars, vous ne payez que 3/12e de la CFE annuelle.
- Plus de cotisations sociales URSSAF : vous déclarez votre dernier chiffre d’affaires et payez les cotisations correspondantes. Aucune cotisation n’est due après la date de cessation.
- Perte du numéro SIRET : vous ne pourrez plus facturer de clients français sous ce statut. Si vous revenez en France et souhaitez reprendre, il faudra créer une nouvelle micro-entreprise.
Quand maintenir la micro-entreprise
Certains expatriés choisissent de garder leur micro-entreprise ouverte, notamment dans ces situations :
- Clients français réguliers que vous continuez à facturer depuis l’étranger (freelance développeur, consultant, traducteur).
- Projet de retour à court terme (1-2 ans) : recréer une micro-entreprise prend quelques semaines mais vous perdez l’ancienneté et devez refaire les démarches.
- Revenus complémentaires ponctuels : quelques missions par an pour des clients français.
Dans ces cas, le coût de la CFE (200-600 €/an) est à mettre en balance avec la praticité de garder le statut actif.
Les exonérations de CFE applicables aux expatriés
Plusieurs exonérations de CFE existent et peuvent bénéficier aux auto-entrepreneurs expatriés :
Exonération la première année
Toute nouvelle micro-entreprise est exonérée de CFE l’année de création. Si vous fermez puis recréez votre entreprise, vous bénéficiez à nouveau de cette exonération — mais attention, le fisc peut considérer que c’est abusif si vous le faites systématiquement.
Exonération pour chiffre d’affaires inférieur à 5 000 €
Depuis 2019, les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à 5 000 € sont exonérées de CFE. Pour un auto-entrepreneur expatrié qui ne facture que quelques missions ponctuelles depuis l’étranger, cette exonération peut s’appliquer naturellement.
Le seuil de 5 000 € s’apprécie sur le chiffre d’affaires N-2 (celui de deux ans avant l’année d’imposition). Si votre CA 2024 était inférieur à 5 000 €, vous êtes exonéré de CFE en 2026.
Exonérations zonées
Certaines zones (ZFU, QPV, ZRR devenues France Ruralités Revitalisation) offrent des exonérations de CFE de 5 à 8 ans. Si votre domiciliation est dans une de ces zones, vous pouvez en bénéficier même en étant à l’étranger — à condition que la domiciliation soit réelle.
Scénarios pratiques
Scénario 1 : développeur web expatrié au Portugal
Thomas est développeur freelance, micro-entrepreneur en France. Il s’installe à Lisbonne en février 2026. Il continue à facturer ses clients français (CA prévu : 40 000 €). Il garde son adresse de domiciliation chez ses parents à Toulouse.
Situation : la CFE est due à Toulouse. Thomas doit aussi vérifier s’il doit s’immatriculer fiscalement au Portugal (régime NHR ou successeur). Il risque une double imposition s’il ne structure pas correctement sa situation. La bonne approche : consulter la convention fiscale France-Portugal et potentiellement créer une structure locale.
Scénario 2 : graphiste expatriée au Canada
Sophie est graphiste, micro-entrepreneur. Elle part à Montréal en septembre 2026 pour suivre son conjoint. Elle ne prévoit plus de facturer de clients français.
Situation : Sophie a intérêt à fermer sa micro-entreprise avant son départ ou dans les mois qui suivent. La CFE sera due au prorata (9/12e si fermeture en septembre). Pas d’intérêt à maintenir un statut qui ne sert plus et coûte chaque année.
Scénario 3 : consultant qui facture peu depuis l’étranger
Marc est consultant en stratégie, expatrié à Dubaï. Il garde sa micro-entreprise pour facturer 2-3 missions par an à des clients français, pour un total de 4 000 €/an.
Situation : son CA étant inférieur à 5 000 €, Marc est exonéré de CFE. Il ne paie que les cotisations URSSAF sur son chiffre d’affaires (21,1 % en prestations de services BNC). Le coût de maintien de sa micro-entreprise est quasi nul. Attention cependant : à Dubaï, Marc doit vérifier s’il doit obtenir une licence locale pour facturer (même depuis la France).
Les cotisations sociales URSSAF : un autre sujet
La CFE n’est qu’une partie de l’équation. Les cotisations sociales URSSAF continuent d’être dues sur le chiffre d’affaires déclaré, même si vous vivez à l’étranger. Le taux est de :
- 12,3 % pour les activités de vente (BIC)
- 21,1 % pour les prestations de services BNC
- 21,2 % pour les prestations de services BIC
La question de l’affiliation à la sécurité sociale est distincte : si vous êtes affilié au régime local de votre pays de résidence, vous pouvez théoriquement être exempté des cotisations françaises. Mais en pratique, tant que votre micro-entreprise est active et que vous déclarez du chiffre d’affaires à l’URSSAF, les cotisations sont prélevées automatiquement. Une régularisation est possible mais nécessite des démarches auprès du CLEISS.
Déclaration et paiement de la CFE depuis l’étranger
La CFE se déclare et se paie exclusivement en ligne via l’espace professionnel sur impots.gouv.fr. Bonne nouvelle : cet espace est accessible depuis l’étranger sans restriction. Le paiement se fait par prélèvement automatique (mensuel ou à l’échéance) ou par paiement direct en ligne.
La date limite de paiement est le 15 décembre de chaque année (ou le 15 juin pour l’acompte si vous avez opté pour le paiement en deux fois).
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