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Salaire & Impôts

ARE dégressive : la baisse de 30 pourcent pour les cadres en 2026

ARE dégressivité cadres en 2026 : seuil de salaire journalier, calendrier de la baisse de 30 pourcent, plancher garanti. Cas pratique chiffré pour anticiper la chute de revenu.

19 juillet 2026 9 min de lecture
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Deux cadres perdent leur emploi le même jour, avec des salaires proches à quelques centaines d’euros près. Six mois plus tard, l’un voit son allocation chômage baisser de 17,7 pourcent, l’autre de 30 pourcent pile. Ce n’est pas un hasard de calcul : c’est le plancher de dégressivité qui trace une frontière nette entre les deux, autour de 7 057 euros bruts mensuels de salaire antérieur. En dessous, le filet de sécurité amortit la chute. Au dessus, il ne joue plus aucun rôle. Voici comment ce mécanisme fonctionne réellement, avec le calcul du point de bascule et deux cas chiffrés jusqu’au dernier euro.

Qui est concerné par la dégressivité de l’ARE

Deux conditions cumulatives déclenchent la dégressivité, selon les règles publiées par France Travail.

La première porte sur l’âge : il faut avoir moins de 55 ans à la date de fin du contrat de travail. Ce seuil a été abaissé le 1er avril 2025 dans le cadre de la convention d’assurance chômage en vigueur ; avant cette date, la limite était fixée à 57 ans. Un cadre de 56 ans licencié aujourd’hui entre donc dans le champ de la dégressivité, alors qu’il en aurait été exempté avant la réforme.

La seconde porte sur le niveau de rémunération, via le salaire journalier de référence (SJR), qui sert de base au calcul de l’allocation : le salaire brut des douze derniers mois divisé par le nombre de jours travaillés et assimilés sur la période. D’après le barème Unédic applicable depuis le 1er juillet 2025 et reconduit sans changement sur 2026, la dégressivité se déclenche lorsque ce SJR dépasse 162,40 euros par jour, soit environ 4 939,67 euros bruts par mois. En dessous de ce seuil, l’allocation reste stable jusqu’à l’épuisement des droits, quelle que soit la durée d’indemnisation.

Pour situer ce seuil, un cadre payé 4 500 euros bruts mensuels sur douze mois n’est pas concerné. Un cadre payé 5 500 euros bruts l’est, dès lors qu’il a moins de 55 ans.

Le mécanisme de la baisse de 30 pourcent

Le calendrier est le même pour tous les bénéficiaires concernés : l’allocation est versée à taux plein pendant les 182 premiers jours d’indemnisation, soit environ six mois. À partir du 183e jour, le montant journalier de l’ARE est réduit de 30 pourcent.

Cette réduction s’applique une seule fois, pas de façon répétée mois après mois. Une fois la baisse actée au 183e jour, le nouveau montant reste fixe jusqu’à la fin des droits, sauf reprise d’activité qui suspend ou modifie le calcul.

Un garde fou limite toutefois l’ampleur de la chute : selon le même barème Unédic, le montant de l’allocation après dégressivité ne peut jamais descendre en dessous de 92,57 euros bruts par jour, soit environ 2 777,10 euros bruts par mois sur la base de 30 jours. Ce plancher change tout pour les cadres dont le salaire dépassait le seuil de déclenchement sans être extrêmement élevé : la réduction théorique de 30 pourcent est alors rattrapée par le plancher, et la baisse réelle est inférieure à 30 pourcent.

Le point de bascule exact : à partir de quel salaire la baisse est intégrale

C’est la question que la plupart des explications sur la dégressivité laissent de côté, alors qu’elle détermine si le plancher protège ou non. Pour qu’une réduction de 30 pourcent atterrisse pile sur le plancher de 92,57 euros par jour, il faut que l’ARE avant dégressivité soit égale à 92,57 divisés par 0,70, soit environ 132,24 euros par jour. Au delà de ce montant, la baisse de 30 pourcent s’applique en totalité, sans rattrapage.

Comme l’ARE des cadres concernés par la dégressivité correspond presque toujours à 57 pourcent du SJR, ce montant pivot de 132,24 euros par jour correspond à un SJR d’environ 232 euros par jour, soit un salaire brut mensuel antérieur d’environ 7 057 euros. Concrètement : un cadre dont le salaire brut dépassait 162,40 euros par jour mais restait sous 232 euros par jour bénéficie d’un amortissement partiel grâce au plancher. Au delà de 232 euros par jour, soit environ 7 057 euros bruts mensuels, la baisse de 30 pourcent s’applique sans aucune atténuation.

Cas pratique 1 : un cadre où le plancher limite la casse

Un cadre commercial percevait 6 000 euros bruts par mois pendant les douze mois précédant son licenciement, sans variation de salaire ni prime exceptionnelle.

Étape 1, le salaire journalier de référence : 6 000 euros multipliés par 12 mois, divisés par 365 jours, soit un SJR de 197,26 euros par jour. Ce SJR dépasse le seuil de 162,40 euros : la dégressivité s’appliquera, mais reste en dessous du point de bascule de 232 euros calculé plus haut.

Étape 2, le calcul de l’ARE avant dégressivité. France Travail retient le montant le plus favorable entre deux formules : 40,4 pourcent du SJR plus une partie fixe de 13,18 euros par jour, ou 57 pourcent du SJR. Premier calcul : 40,4 pourcent de 197,26 euros, soit 79,69 euros, plus 13,18 euros, soit 92,87 euros par jour. Second calcul : 57 pourcent de 197,26 euros, soit 112,44 euros par jour. Le montant retenu est le plus élevé, donc 112,44 euros par jour, soit environ 3 373 euros bruts par mois.

Étape 3, l’application théorique de la baisse de 30 pourcent au 183e jour : 112,44 euros multipliés par 0,70, soit 78,71 euros par jour.

Étape 4, la vérification du plancher : 78,71 euros est inférieur au plancher garanti de 92,57 euros par jour. C’est donc le plancher qui s’applique, pas le résultat de la formule à 30 pourcent. L’allocation de ce cadre passe de 112,44 euros à 92,57 euros par jour, soit une baisse réelle de 17,7 pourcent, et non de 30 pourcent.

Sur une base mensuelle de 30 jours, ce cadre passe d’environ 3 373 euros bruts à environ 2 777 euros bruts, soit une perte de 596 euros par mois à partir du 7e mois d’indemnisation.

Cas pratique 2 : un cadre supérieur qui subit la baisse complète

Un cadre supérieur ou dirigeant percevait 8 000 euros bruts par mois sur les douze mois précédant la rupture de contrat, un salaire nettement au dessus du point de bascule de 7 057 euros identifié plus haut.

Étape 1, le SJR : 8 000 euros multipliés par 12, divisés par 365 jours, soit 262,96 euros par jour. Le seuil de 162,40 euros est largement dépassé.

Étape 2, le calcul de l’ARE. Formule fixe : 40,4 pourcent de 262,96 euros, soit 106,20 euros, plus 13,18 euros, soit 119,38 euros par jour. Formule à 57 pourcent : 57 pourcent de 262,96 euros, soit 149,89 euros par jour. Le montant retenu est le plus élevé des deux, donc 149,89 euros par jour, soit environ 4 497 euros bruts mensuels.

Étape 3, la baisse au 183e jour : 149,89 euros multipliés par 0,70, soit 104,92 euros par jour.

Étape 4, la vérification du plancher : 104,92 euros est supérieur au plancher de 92,57 euros par jour, exactement comme le prédit le calcul du point de bascule. Cette fois, la réduction de 30 pourcent s’applique intégralement, sans filet de rattrapage.

L’allocation de ce cadre passe de 149,89 euros à 104,92 euros par jour à partir du 7e mois, soit d’environ 4 497 euros bruts mensuels à environ 3 148 euros bruts mensuels. La perte atteint 1 349 euros par mois, et se maintient jusqu’à la fin des droits.

Tableau comparatif des deux situations

ÉlémentCadre à 6 000 €/moisCadre à 8 000 €/mois
SJR197,26 €/jour262,96 €/jour
Position par rapport au point de bascule (232 €/jour)En dessousAu dessus
ARE avant dégressivité112,44 €/jour (≈ 3 373 €/mois)149,89 €/jour (≈ 4 497 €/mois)
ARE théorique après -30 %78,71 €/jour104,92 €/jour
Plancher garanti92,57 €/jour92,57 €/jour
ARE réellement appliquée92,57 €/jour (plancher)104,92 €/jour (baisse pleine)
Baisse réelle17,7 %30 %
Perte mensuelle596 €/mois1 349 €/mois

Ce tableau illustre un point souvent ignoré : plus le salaire antérieur était élevé au delà du seuil de déclenchement, plus la baisse de 30 pourcent s’applique pleinement, car le plancher devient insuffisant pour amortir la réduction. Un cadre dont le SJR est juste au dessus du seuil de 162,40 euros par jour est mécaniquement mieux protégé qu’un cadre dirigeant très bien rémunéré, jusqu’à ce que son salaire franchisse le point de bascule d’environ 7 057 euros bruts mensuels.

Anticiper la baisse dans son budget

Le point de bascule au 183e jour d’indemnisation n’est pas une hypothèse lointaine pour un cadre qui recherche un emploi depuis plusieurs mois : six mois de chômage passent vite, et la baisse est automatique, sans notification particulière au delà du courrier habituel de suivi de dossier. Il est donc utile de connaître à l’avance, dès l’ouverture des droits, la date exacte du 183e jour et le montant qui s’appliquera après cette date, pour ajuster charges fixes, épargne de précaution et calendrier de recherche d’emploi en conséquence.

Pour estimer le montant précis de l’allocation avant et après dégressivité selon son propre salaire de référence, le calculateur ARE chômage permet de simuler les deux phases d’indemnisation à partir du salaire brut réel et de la durée d’affiliation. C’est le même calculateur ARE qui permet de vérifier si le SJR personnel dépasse le seuil de 162,40 euros par jour, et surtout de situer son salaire par rapport au point de bascule de 232 euros par jour au delà duquel le plancher ne protège plus.

Ces paramètres (seuil à 162,40 euros par jour, plancher à 92,57 euros, partie fixe à 13,18 euros, âge limite à 55 ans) sont ceux fixés par la circulaire Unédic du 1er juillet 2025, en vigueur depuis cette date et reconduits sur 2026 sans revalorisation au 1er juillet 2026 selon Service-public.fr. Un contrôle périodique de ces montants reste recommandé avant toute décision budgétaire importante, ces paramètres pouvant évoluer lors des prochaines négociations de la convention d’assurance chômage.