APL 2026 : quels revenus donnent droit à l'aide
Plafond de ressources APL 2026 : barème R0 par situation familiale, mécanisme de dégressivité, seuil de versement minimal supprimé depuis 2019 et impact du patrimoine sur le calcul de la CAF.
Contrairement à une idée répandue, il n’existe pas un seul plafond de ressources au-delà duquel l’APL est refusée. La CAF applique un mécanisme de dégressivité : plus vos revenus dépassent un seuil de référence appelé R0, plus l’aide diminue, jusqu’à devenir nulle. Voici le barème exact applicable en 2026, foyer par foyer, et deux idées reçues qui faussent encore beaucoup de simulations faites à la main.
Le principe : une dégressivité, pas un couperet
Le calcul de l’APL repose sur une formule qui compare vos ressources annuelles à un seuil R0, fixé selon la composition du foyer. En dessous de R0, vous touchez le montant maximal auquel votre loyer et votre zone géographique vous donnent droit. Au-delà, l’aide baisse progressivement selon un taux de dégressivité appliqué à l’écart entre vos ressources et R0.
Le décret n° 2025-1401 du 28 décembre 2025 a gelé la revalorisation du paramètre R0 pour 2026 : les seuils restent identiques à ceux de 2025, alors que les loyers et les charges, eux, continuent d’augmenter. Ce gel réduit mécaniquement le montant moyen perçu par les locataires dont les revenus progressent, même légèrement.
Barème R0 2026 selon la composition du foyer
| Situation | Seuil R0 annuel |
|---|---|
| Personne seule | 5 235 € |
| Couple sans personne à charge | 7 501 € |
| Foyer avec une personne à charge | 8 947 € |
| Par personne à charge supplémentaire | environ 1 675 € |
Ces montants correspondent aux ressources annuelles nettes prises en compte dans le calcul, après abattements. Ils ne signifient pas qu’un célibataire gagnant plus de 5 235 € par an perd tout droit à l’APL : ce seuil marque simplement le point à partir duquel l’aide commence à décroître.
Comment fonctionne la baisse progressive de l’aide
Au-delà de R0, la CAF applique un taux de dégressivité au différentiel de ressources. Le montant d’APL diminue donc de façon linéaire, et non par palier brutal. Deux locataires ayant un écart de revenu de quelques centaines d’euros verront leur aide différer légèrement, mais aucun des deux ne bascule d’un coup à zéro.
Cette mécanique explique pourquoi deux foyers avec des loyers identiques et des revenus proches peuvent toucher des montants d’APL très différents : la composition familiale, la zone du logement et le loyer plafond retenu entrent tous dans l’équation, en plus du différentiel de ressources.
Pour éviter de recalculer cette formule à la main, le simulateur APL applique directement le barème 2026 à votre situation et affiche le montant estimé en quelques secondes.
Ce qui bouge concrètement en 2026, malgré le gel de R0
Le gel du paramètre R0 n’est pas synonyme d’immobilité totale du dispositif. Deux ajustements techniques, distincts du seuil de dégressivité, s’appliquent bel et bien cette année :
- Au 1er avril 2026, le forfait de charges locatives intégré au calcul a été revalorisé de 0,8 % à 0,9 % selon la composition du foyer.
- Au 1er octobre 2026, les loyers plafonds retenus dans la formule augmenteront de 1,15 %, indexés sur l’indice de référence des loyers du deuxième trimestre 2026. Cette hausse sera visible sur les versements à partir du 5 novembre 2026.
Concrètement, ces deux revalorisations jouent sur le montant maximal théorique auquel votre loyer donne droit, pas sur le seuil R0 qui déclenche la baisse. Un locataire dont les ressources se situent déjà au-dessus de R0 verra donc son aide légèrement augmenter à l’automne 2026, sans que sa situation vis-à-vis de la dégressivité ne change.
Le mythe du seuil minimal de versement
Beaucoup de forums et de simulateurs approximatifs évoquent encore un montant plancher en dessous duquel l’APL ne serait jamais versée. Cette règle a existé, mais elle a disparu pour l’aide personnalisée au logement classique. Le seuil était fixé à 15 euros mensuels jusqu’en 2017, abaissé à 10 euros au 1er octobre de la même année, puis purement supprimé pour l’APL au 1er octobre 2019.
Résultat en 2026 : si le calcul aboutit à un montant de 4 ou 7 euros par mois, la CAF le verse quand même, sans plancher applicable. Ce seuil minimal continue en revanche à s’appliquer à deux situations différentes : l’allocation de logement sociale (ALS) et l’allocation de logement familiale (ALF), dont le montant reste soumis à un plancher de 10 euros mensuels, ainsi qu’aux résidents de logements-foyers, qui relèvent d’un mode de calcul spécifique. Si vous êtes locataire classique et bénéficiaire de l’APL, ce plancher ne vous concerne plus depuis 2019, quoi qu’en disent certaines pages non actualisées.
Le patrimoine entre aussi dans le calcul
Depuis le 1er octobre 2016, la CAF ne se limite plus aux revenus déclarés : elle intègre également le patrimoine du foyer dès qu’il dépasse 30 000 euros. Cette règle reste pleinement applicable en 2026 et surprend encore de nombreux demandeurs, notamment ceux qui disposent d’une épargne de précaution ou d’une assurance vie sans revenu d’activité élevé.
Concrètement, au-delà de ce seuil de 30 000 euros, la CAF ajoute un revenu fictif aux ressources prises en compte :
- 3 % du montant des capitaux financiers (livrets, assurance vie, comptes titres, PEL, PEE)
- 50 % de la valeur locative des biens immobiliers bâtis non loués
- 80 % de la valeur locative des terrains non bâtis
La résidence principale est exclue de ce calcul. Les bénéficiaires de l’AAH et les personnes âgées vivant en Ehpad échappent également à cette règle de patrimoine.
Exemple chiffré : un célibataire avec de l’épargne
Prenons Camille, célibataire, locataire en zone 2, loyer de 620 euros par mois. Ses revenus d’activité annuels nets s’élèvent à 16 800 euros, et elle dispose de 42 000 euros répartis entre un livret A, un PEL et une assurance vie.
- Ressources d’activité prises en compte : 16 800 €
- Patrimoine total : 42 000 €, soit 12 000 € au-delà du seuil de 30 000 €
- Revenu fictif ajouté : 12 000 € x 3 % = 360 €
- Ressources totales retenues par la CAF : 16 800 € + 360 € = 17 160 €
Cette ressource totale, bien supérieure au seuil R0 de 5 235 € applicable à une personne seule, place Camille dans la zone de forte dégressivité. Son APL calculée aboutit à un montant mensuel de l’ordre de 20 à 30 euros selon le loyer plafond de sa zone. Même si le résultat avait été de quelques euros seulement, il aurait été versé intégralement : aucun plancher ne s’applique plus à son cas depuis 2019.
Si son épargne était restée sous les 30 000 euros, ses ressources prises en compte n’auraient pas intégré les 360 euros de revenu fictif, ce qui aurait légèrement amélioré son montant d’aide. L’écart reste modeste ici, mais il grandit vite pour des patrimoines plus importants : une assurance vie de 80 000 euros ajoute par exemple 1 500 euros de revenu fictif annuel (50 000 € au-delà du seuil x 3 %), un montant qui peut faire basculer un dossier bien plus près de la zone où l’aide devient nulle.
La zone géographique influence aussi le résultat final
Le seuil R0 fixe le point de départ de la dégressivité, mais il ne détermine pas à lui seul le montant que vous touchez. La CAF calcule d’abord un montant maximal théorique, appelé APL0, en fonction de votre loyer réel plafonné par un loyer maximal propre à chaque zone :
- Zone 1 : agglomération parisienne, loyers plafonds les plus élevés
- Zone 2 : grandes agglomérations et zones urbaines denses
- Zone 3 : reste du territoire, loyers plafonds les plus bas
Deux locataires avec les mêmes ressources et le même R0 peuvent donc toucher des montants différents selon qu’ils louent à Paris ou dans une commune de zone 3, simplement parce que le loyer plafond retenu dans le calcul n’est pas le même. C’est ensuite sur ce montant APL0 que s’applique la baisse liée au dépassement de R0.
Le forfait de charges locatives, revalorisé au 1er avril 2026, s’ajoute également au loyer plafonné avant application de la dégressivité. Il reste modeste, quelques dizaines d’euros par mois selon la composition du foyer, mais il explique pourquoi des estimations rapides faites sans tenir compte de la zone ou des charges donnent souvent des résultats trop optimistes.
Ce qui change concrètement pour votre dossier
Quatre réflexes à adopter avant de faire votre demande ou de la mettre à jour :
- Ne vous fiez pas à un chiffre unique de plafond APL trouvé en ligne : le montant dépend de votre composition familiale, de votre zone et de votre loyer, pas d’un seuil universel.
- Si vous détenez une épargne supérieure à 30 000 euros, anticipez la baisse d’aide qu’elle entraîne plutôt que de la découvrir sur votre relevé CAF.
- N’attendez pas de tomber sous un seuil de 15 euros pour vous inquiéter : ce plancher n’existe plus pour l’APL classique depuis 2019, votre aide est versée quel que soit son montant.
- Guettez la revalorisation du 1er octobre 2026 (1,15 %) si vos ressources se situent déjà au-delà de R0 : votre montant devrait légèrement augmenter dès le versement de novembre.
Le simulateur APL intègre le barème R0 2026 et la règle de dégressivité pour vous donner une estimation fiable avant de déposer votre dossier ou de signaler un changement de situation.
À retenir
L’APL 2026 ne connaît pas de plafond de ressources unique : c’est un système dégressif dont le seuil de départ (R0) varie de 5 235 euros pour une personne seule à 8 947 euros pour un foyer avec une personne à charge, gelé cette année par le décret n° 2025-1401. Contrairement à une croyance répandue, aucun montant plancher n’empêche plus le versement de l’APL classique depuis le 1er octobre 2019 ; seuls l’ALS, l’ALF et les logements-foyers conservent un seuil de 10 euros. Et dès 30 000 euros de patrimoine financier ou immobilier hors résidence principale, la CAF ajoute un revenu fictif qui réduit d’autant le montant final calculé.