Portage salarial ou EURL : quel statut choisir en 2026 ?
Portage salarial ou EURL pour se lancer en indépendant ? Comparatif 2026 : statut social, protection chômage, charges, fiscalité IR ou IS, part de CA récupérée en net et exemple chiffré.
Quand on se lance en indépendant, portage salarial et EURL répondent à deux logiques opposées. Dans le premier cas, vous restez salarié d’une société qui facture vos clients à votre place. Dans le second, vous devenez chef d’entreprise, gérant de votre propre société. L’un privilégie la simplicité et la protection sociale, l’autre le revenu net et l’autonomie. Le bon choix dépend de votre activité, de votre horizon et de votre appétence pour la gestion. Voici comment trancher en 2026.
Le portage salarial : rester salarié tout en étant indépendant
En portage, vous signez un contrat de travail avec une société de portage. C’est elle qui facture vos clients, encaisse le chiffre d’affaires, puis vous reverse un salaire après avoir prélevé ses frais de gestion (généralement 5 à 10 % du CA hors taxes) et l’ensemble des cotisations sociales (patronales et salariales du régime général).
Le fonctionnement concret tient en quatre étapes : vous trouvez votre mission et négociez votre tarif, la société de portage établit un contrat commercial avec le client, elle facture et encaisse, puis elle vous verse un bulletin de salaire. Vous n’avez ni société à créer, ni comptabilité à tenir, ni TVA à gérer.
Ce que vous y gagnez : le statut de salarié cadre, donc l’assurance chômage, la retraite du régime général et de l’Agirc-Arrco, la prévoyance, une mutuelle et la médecine du travail. En contrepartie, la part du chiffre d’affaires qui finit réellement sur votre compte est plus faible, car le régime général coûte cher et les frais de gestion s’ajoutent. Une rémunération minimale s’applique, fixée par la convention collective du portage et indexée sur le plafond de la Sécurité sociale, ce qui suppose un tarif journalier suffisant pour être éligible.
L’EURL : devenir chef d’entreprise
L’EURL est une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, c’est-à-dire une SARL à associé unique. En tant que gérant associé, vous êtes travailleur non salarié (TNS), affilié à la Sécurité sociale des indépendants. Les cotisations sociales représentent environ 40 à 45 % de votre rémunération nette, un niveau plus bas qu’en portage.
Vous choisissez votre imposition : à l’IR par défaut (le résultat est imposé directement entre vos mains) ou à l’IS sur option. À l’IS, votre rémunération est déductible du résultat, la société paie l’impôt sur les sociétés (15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %), et vous pouvez vous verser des dividendes. En contrepartie, vous assumez la création de la société, une comptabilité obligatoire (bilan annuel, souvent un expert-comptable), la CFE, la liasse fiscale, et vous n’avez pas d’assurance chômage. C’est un vrai engagement d’entrepreneur.
Comparaison point par point
| Critère | Portage salarial | EURL | |---|---|---| | Statut social | Salarié (régime général) | TNS (indépendant, SSI) | | Assurance chômage | Oui | Non | | Retraite | Régime général + Agirc-Arrco | SSI | | Création de société | Aucune | Oui (statuts, immatriculation) | | Comptabilité | Aucune | Obligatoire (bilan, liasse) | | Frais récurrents | Frais de gestion 5 à 10 % du CA | Expert-comptable, CFE | | Imposition | Salaire (impôt sur le revenu) | IR ou IS au choix | | Dividendes possibles | Non | Oui (à l’IS) | | Part du CA en net (indicatif) | Environ 50 % | Environ 60 à 70 % | | Idéal pour | Tester, missions ponctuelles, zéro gestion | Activité pérenne, revenus réguliers, optimisation |
Protection sociale : le vrai écart
C’est souvent le point décisif. En portage, vous cotisez au régime général, donc vous ouvrez des droits à l’assurance chômage en fin de mission, vous bénéficiez d’indemnités journalières plus favorables en cas d’arrêt maladie, d’une prévoyance et d’une retraite cadre. En EURL, en tant que TNS, vous n’avez aucun droit au chômage (sauf assurance privée souscrite volontairement), des indemnités journalières plus faibles, et une prévoyance à financer vous-même. Le portage est donc nettement plus protecteur, ce qui explique une partie de son coût.
Fiscalité : salaire, IR ou IS
En portage, vous êtes imposé comme un salarié : votre net imposable figure sur votre bulletin, avec l’abattement de 10 % pour frais professionnels. En EURL à l’IR, le bénéfice est imposé à votre barème, que vous l’ayez retiré ou non. En EURL à l’IS, vous pilotez votre rémunération et vos dividendes : l’IS frappe le bénéfice de la société, puis les dividendes supportent la flat tax. Attention, en EURL, la fraction de dividendes qui dépasse 10 % du capital social est soumise aux cotisations sociales TNS, ce qui limite l’intérêt d’un arbitrage 100 % dividendes. L’option IS ouvre une vraie capacité d’optimisation, mais elle se pilote avec un comptable.
Exemple chiffré indicatif
Prenons un consultant facturant 60 000 € HT par an. Les montants ci-dessous sont donnés à titre indicatif, hors situation personnelle et hors optimisation fine :
| | Portage salarial | EURL à l’IS | |---|---|---| | Frais de structure | Gestion environ 8 % (4 800 €) | Comptable environ 1 500 € + CFE | | Charges sociales | Régime général (patronal + salarial) | TNS, environ 40 à 45 % de la rémunération | | Net perçu par an (indicatif) | environ 30 000 € | environ 38 000 à 40 000 € | | Assurance chômage | Oui | Non | | Gestion | Aucune | Comptabilité, liasse, formalités |
L’écart, ici de l’ordre de 8 000 à 10 000 € par an, correspond au prix de la sécurité et de la simplicité offertes par le portage. Plus votre chiffre d’affaires est élevé, plus cet écart se creuse en faveur de l’EURL, à condition d’accepter la gestion qui va avec.
Peut-on passer de l’un à l’autre ?
Oui, et c’est un parcours très courant. Beaucoup d’indépendants démarrent en portage pour tester leur activité sans risque ni formalités, sécuriser leurs premières missions et conserver un filet de protection sociale. Une fois l’activité confirmée et les revenus réguliers, ils basculent en EURL (ou en SASU) pour maximiser leur net et se constituer un patrimoine professionnel. Le portage joue alors le rôle de rampe de lancement.
Questions fréquentes
Quel statut laisse le plus d’argent net ? L’EURL, en général, car les cotisations TNS et l’absence de frais de gestion pèsent moins que le régime général plus les frais de portage. L’écart se paie en protection sociale et en gestion.
Le portage ouvre-t-il vraiment des droits au chômage ? Oui, le salarié porté cotise à l’assurance chômage et peut ouvrir des droits à l’issue de ses missions, comme un salarié classique.
Faut-il un comptable en portage ? Non. La société de portage gère la facturation, les cotisations et le bulletin de salaire. En EURL, un comptable est quasi indispensable.
Pour élargir la comparaison à d’autres formes, voir nos guides SASU vs EURL et auto-entrepreneur vs SASU vs EURL.
Sources : code du travail (portage salarial, art. L1254-1 et suivants), convention collective de branche des salariés en portage salarial, code de la sécurité sociale (régime TNS et régime général), CGI (IR, IS, dividendes et cotisations sur dividendes TNS), BOFiP.
Estimez votre revenu en portage avec le simulateur de portage salarial, et comparez avec les charges d’une SASU ou EURL.