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Salaire & Impôts

Calcul des indemnités journalières en arrêt maladie : la méthode complète

Comment la Sécurité sociale calcule vos IJ maladie : salaire journalier de base, taux de 50 %, plafond, délai de carence et complément employeur.

3 juillet 2026 8 min de lecture
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Vous recevez votre premier relevé d’indemnités journalières de la CPAM et le montant vous semble incompréhensible : ni votre salaire net, ni votre salaire brut, ni la moitié de l’un ou de l’autre. C’est normal — le calcul passe par un indicateur intermédiaire, le salaire journalier de base, puis par un taux, puis par un plafond, puis souvent par un complément de l’employeur qui vient tout changer. Voici la mécanique complète, étape par étape.

Le point de départ : le salaire journalier de base (SJB)

La Sécurité sociale ne regarde pas votre salaire du mois en cours. Elle prend vos 3 derniers bulletins de paie précédant l’arrêt (ou les 3 derniers mois civils complets), additionne les salaires bruts soumis à cotisations, et divise par 91,25 — un nombre qui représente le nombre moyen de jours dans un trimestre (365 / 4).

Formule : SJB = (somme des 3 derniers salaires bruts) / 91,25

Exemple : un salarié avec un salaire brut mensuel stable de 3 200 euros.

  • Somme des 3 mois : 3 200 × 3 = 9 600 €
  • SJB = 9 600 / 91,25 = 105,21 €

Ce salaire journalier de base est ensuite plafonné : les rémunérations prises en compte ne peuvent pas dépasser 1,4 fois le SMIC mensuel en vigueur (ce plafond a été abaissé depuis le 1er avril 2025, il était auparavant fixé à 1,8 SMIC). Pour un salarié payé au-dessus de ce seuil, une partie du salaire n’est simplement pas prise en compte dans le calcul.

Le taux de 50 % : l’indemnité journalière brute

L’indemnité journalière de base correspond à 50 % du salaire journalier de base, arrondie au centime supérieur.

IJ = SJB × 50 %

Pour notre exemple : 105,21 × 50 % = 52,60 € bruts par jour, avant application du plafond légal.

Le plafond légal : environ 43 € par jour en 2026

Le montant de l’indemnité journalière ne peut jamais dépasser un plafond fixé en fonction du SMIC. Ce plafond suit les revalorisations du SMIC et évolue en cours d’année :

| Période | Montant maximal de l’IJ (brut) | |---|---| | Arrêts prescrits en juin 2026 | 41,95 € | | Arrêts prescrits à partir de juillet 2026 | 42,97 € |

Source : ameli.fr — Montants maximum des indemnités journalières.

Le changement méconnu de 2025 : jusqu’au 31 mars 2025, le plafond de calcul était fixé à 1,8 SMIC, ce qui donnait des indemnités journalières plus élevées pour les salaires confortables (jusqu’à environ 53 €/jour). Depuis le 1er avril 2025, le plafond est passé à 1,4 SMIC, réduisant sensiblement l’indemnisation maximale pour les salariés au-dessus de ce niveau de rémunération. Si vous comparez votre situation à un arrêt maladie antérieur à cette date, ne soyez pas surpris par la baisse.

Le délai de carence : 3 jours non indemnisés par la Sécu

Les 3 premiers jours de l’arrêt de travail ne sont pas indemnisés par l’Assurance Maladie, sauf dans certains cas (arrêts successifs liés à une affection de longue durée, accident du travail, congé de maternité ou paternité, où la carence ne s’applique pas).

Ce délai de carence de la Sécurité sociale est distinct du délai de carence conventionnel que peut prévoir votre employeur pour son propre complément — les deux ne se confondent pas toujours.

Le complément employeur : la loi de mensualisation change tout

Ce que touche réellement le salarié dépend rarement des seules IJSS. La loi de mensualisation du 19 janvier 1978 (article L. 1226-1 du Code du travail) impose à l’employeur de verser un complément de salaire, sous conditions d’ancienneté :

  • Ancienneté requise : au moins 1 an dans l’entreprise
  • Délai de carence employeur : 7 jours (sauf accident du travail)
  • Montant du complément selon l’ancienneté :

| Ancienneté | Durée à 90 % du salaire brut | Durée à 66,66 % du salaire brut | |---|---|---| | 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours suivants | | 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours suivants | | 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours suivants | | 16 à 20 ans | 60 jours | 60 jours suivants | | 21 à 25 ans | 70 jours | 70 jours suivants | | 26 à 30 ans | 80 jours | 80 jours suivants | | Plus de 30 ans | 90 jours | 90 jours suivants |

Ces montants légaux sont des minimums — de nombreuses conventions collectives sont plus favorables (maintien à 100 % du salaire net, carence supprimée, durées allongées). Vérifiez toujours votre convention collective avant de vous fier au barème légal.

La subrogation, ce mécanisme invisible qui simplifie tout. Dans la majorité des entreprises, l’employeur pratique la subrogation : il continue de verser le salaire habituel (ou un salaire maintenu) pendant l’arrêt, et perçoit lui-même les IJSS de la CPAM à la place du salarié. Résultat, le salarié ne voit jamais directement les indemnités journalières sur son compte — elles apparaissent en négatif sur le bulletin de paie, compensées par le maintien de salaire. Sans subrogation, c’est le salarié qui reçoit directement les IJSS de la CPAM, et l’employeur verse son complément séparément.

Les cas particuliers qui changent la donne

  • Affection de longue durée (ALD) : pour les arrêts liés à une ALD (cancer, diabète, maladies cardiovasculaires graves, etc.), le taux de l’IJ passe à 66,66 % du SJB à partir du 4ème mois d’arrêt continu ou discontinu sur une période de référence, au lieu de 50 %. Cela ne s’applique pas dès le premier jour.
  • Temps partiel thérapeutique : les IJ perçues en complément d’une reprise à temps partiel thérapeutique sont calculées différemment, en fonction de la perte de salaire réelle constatée.
  • Arrêts répétés : au-delà de 6 mois d’arrêt continu, le versement des IJ est conditionné à une durée minimale d’affiliation et de cotisation à la Sécurité sociale.
  • Indépendants et professions libérales : le calcul du SJB pour les travailleurs non-salariés repose sur le revenu d’activité moyen des 3 dernières années, avec des règles de plafonnement spécifiques — très différentes du régime salarié détaillé ici.

Comment lire son relevé CPAM

Le relevé d’indemnités journalières mentionne plusieurs lignes qui prêtent à confusion :

  • Salaire journalier de base : la base de calcul avant application du taux
  • Montant net versé : l’IJ après déduction de la CSG (6,2 %) et de la CRDS (0,5 %) — sauf pour les foyers non imposables qui bénéficient de taux réduits ou d’une exonération
  • Période indemnisée : attention aux ruptures de période en cas de prolongation d’arrêt, qui peuvent créer un nouveau délai de carence si le certificat n’est pas transmis dans les délais

Exemple chiffré complet

Un salarié en CDI depuis 8 ans, salaire brut mensuel stable de 3 200 euros, arrêt de travail de 45 jours pour une opération chirurgicale (hors ALD).

Étape 1 — Salaire journalier de base (3 200 × 3) / 91,25 = 105,21 €

Étape 2 — Indemnité journalière brute théorique 105,21 × 50 % = 52,60 €, mais plafonnée à environ 42,97 € (plafond juillet 2026) car le salaire dépasse 1,4 SMIC

Étape 3 — Carence Sécurité sociale 3 premiers jours non indemnisés par la CPAM → IJSS versées à partir du 4ème jour, soit 42 jours indemnisés sur les 45

Étape 4 — IJSS nettes (après CSG/CRDS) 42,97 € × 42 jours = 1 804,74 € bruts, soit environ 1 685 € nets de CSG/CRDS

Étape 5 — Complément employeur (ancienneté 6-10 ans) Après 7 jours de carence employeur, l’employeur verse 40 jours à 90 % du salaire brut, en déduisant les IJSS déjà perçues par subrogation. Le salarié perçoit, sur l’ensemble de la période, un montant proche de son salaire net habituel pendant les 40 premiers jours à 90 %, puis une baisse sur les jours suivants à 66,66 %.

Sans le complément employeur, ce salarié n’aurait touché que 1 685 euros sur 45 jours d’arrêt — moins de 60 % de son salaire habituel. Avec le complément, la perte réelle de revenu est ramenée à quelques pourcents seulement les premiers jours.

Simuler ses indemnités journalières →

À retenir

Le montant qui atterrit sur votre compte dépend de trois éléments en cascade : le salaire journalier de base plafonné, le délai de carence, et surtout la générosité (ou non) de votre convention collective sur le complément employeur. Avant de vous inquiéter d’un relevé CPAM qui semble bas, vérifiez systématiquement si votre entreprise pratique la subrogation et ce que prévoit votre convention — c’est souvent là, et non dans le calcul de la Sécu, que se joue l’essentiel de votre indemnisation réelle.


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